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mercredi 26 octobre 2016

Les premières semaines de la guerre de Corée : les enseignements tactiques d'un conflit conventionnel. (2/3)


Nous poursuivons notre étude du conflit coréen vu par un ancien Marines devenu journaliste. Il rapporte les difficultés pour l'armée de terre US, mal entraînée, sous-équipée et surprise par cette guerre conventionnelle alors même que le monde occidental croyait ce type de combat était mort avec 1945. D'ailleurs, les renforts américains peinent malgré tout à contenir les assauts nord-coréens : "pour les hommes de la 24ème division, les premiers jours de combat furent sanglants et chargés d'humiliations... Quand ils essayaient de se replier en suivant les routes, ils étaient soumis à des feux croisés venant des collines. Amers, hagards, en loques et épuisés, ils reculaient à travers une boue qui freinaient ou arrêtait totalement les véhicules. Le soldat qui, sous le feu ennemi, glissait dans les eaux répugnantes d'une rizière devait le plus souvent, pour se dégager de la vase, abandonner ses chaussures et continuer à se battre pieds nus. Et jamais il ne pouvait échapper à la pluie éternelle... elle tombait, trois ou quatre jours de suite, trempant les vêtements, couvrant l'équipement de moisissure et de rouille. La chaleur de l'été coréen et les inévitables mouches, puces et poux venaient accroître l'exaspération des soldats américains". 

A entendre ce témoignage, on pourrait s'imaginer que l'auteur relate une bataille de la première guerre mondiale comme le quotidien des Poilus. Mais, en fait, tout cela montre une certaine continuité dans l'art de la guerre et la conduite des opérations. Quelle que soit l'époque, le terrain ou l'adversaire, il faut disposer de troupes aguerries capables de s'adapter à un milieu exigeant tout en combattant un ennemi qui manœuvre et ce, malgré un équipement défaillant et des moyens de communication presque inexistants : "cette dernière faiblesse les rendant particulièrement vulnérables à la manœuvre classique des Nord-coréens qui attaquaient de face pour créer une diversion, pendant qu'ils contournaient les Américains et leur coupaient les routes de repli. C'est une tactique qui aurait semé la panique parmi les combattants les plus aguerris". Néanmoins, fin juillet 1950, Mac Arthur, malgré les difficultés, pressent qu'il va reprendre l’initiative, notamment grâce à la 8ème Armée constitué en première échelon par la 25ème division d'infanterie et la 1ère division de cavalerie soutenues par la 24ème très malmenée. La poche de Pusan se renforce donc avec des forces ROK comptant maintenant 85 000 hommes. Rapidement, d'autres forces US, en particulier la 1ère brigade provisoire des Marines mais aussi des unités des Nations-Unies (France, Grande-Bretagne, Australie, Turquie,...) rejoignent le théâtre des opérations. Le général Walker fait des miracles avec ce "patchwork" de combattants : "formé par Patton, habitué aux attaques foudroyantes, il montra des aptitudes surprenantes à s'adapter à la tactique de bricoleur qui lui était imposée ; il faisait virevolter ses troupes comme un jongleur, prenant risque sur risque, pendant que se rétrécissaient ses positions". A compter du 24 juillet, les ROK et les Américains, appuyés par de lourds navires sortis de la naphtaline, stoppent net les actions offensives communistes avant de reprendre, le 2 août, Yondok. Les soldats du nord ont perdu de nombreux effectifs, peinent à pousser leur ravitaillement du fait des bombardements aériens et voient leur tactique inefficace (plusieurs vagues de fantassins exigeant de lourdes pertes. Ils sont même contraints d'utiliser des civils comme bouclier humain.ou à faire preuve d'une imagination tactique hors norme à l'image des "ponts sous l'eau" construits sous la Naktong, sortes de passages à gué artificiels. Mais cela ne suffit plus pour l'armée communiste, le 1er septembre, Walker dispose de deux fois plus d'hommes, de cinq fois plus de chars et d'un flux logistique, le "Red Ball Express" de près de 950 tonnes par jour en provenance du Japon.
Il est alors temps pour Mac Arthur de reprendre l'initiative : "dès le début juillet, Mac Arthur était arrivé à la conclusion que le coup le plus dur à porter à l'ennemi, tant sur le plan psychologique que matériel, serait un débarquement à Inchon."

A suivre... 

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