Bienvenue sur l'écho du champ de bataille

« L’écho du champ de bataille » a pour ambition de vous proposer à la lecture et à la réflexion des contributions sur des sujets relatifs à la stratégie, à l’art opératif, à la tactique et plus largement sur l’engagement et l’emploi des armées. Ces brèves, illustrations ou encore problématiques vous seront livrées sous le prisme de l’histoire militaire mais aussi sous celui des théâtres d’opérations d’hier, d’aujourd’hui, voire de demain. Des enseignements de grands chefs militaires de toutes les époques aux analyses polémologiques prospectives en passant par la doctrine ou aux équipements des forces françaises et étrangères. Gageons que vous aurez plaisir à lire ces articles ou à contribuer au débat. Bonne lecture…

dimanche 13 avril 2014

Développer une vision française de l’art opératif : s’inspirer de l’esprit du maréchal LECLERC.(1/4)


L’armée française s’est longtemps contentée de l’idée de « grande tactique » pour penser l’art de la guerre, oubliant, de fait, l’échelon opératif. Néanmoins, cet héritage semble aujourd’hui ne plus influencer sa manière de concevoir et même de conduire les opérations sur les théâtres d’engagement contemporains ou à l’occasion de crises qui secouent, par exemple, le continent africain. Ces derniers sont en effet parfaitement dimensionnés pour s’adapter aux exigences de l’opératique, cet échelon intermédiaire entre la tactique et la stratégie et ce, de par l’étendue des territoires concernés (le Mali représente près de 3 fois la France), du fait des contraintes des milieux traversés (déserts, massifs montagneux, brousse, marécages fluviaux), de la diversité des populations et des environnements humains rencontrés (des mégalopoles surpeuplées et miséreuses aux  camps de nomades en passant par les villages isolées) mais aussi par la multiplicité des adversaires potentiels (armées conventionnelles, groupes armés terroristes, bandes criminelles, milices d’auto-défense, foules violentes, mercenaires, forces paramilitaires,…) auxquels les militaires sont confrontés.
La France s’est effectivement dotée de PC opératifs au travers de ses EMF[1] nationaux ou des CRR[2] multinationaux et, depuis les déploiements en Ex-Yougoslavie, au Kosovo et en Afghanistan, elle s’est bâtie une doctrine opérative largement influencée par la pensée anglo-saxonne et otanienne. Mais cette méthode de raisonnement est-elle adaptée à la culture militaire de notre pays (que d’aucuns appellent l’« exception française ») ainsi qu’au format des forces que nous engageons actuellement mais également aux situations conflictuelles qui émergent sur l’arc de crise défini dans le Livre Blanc ?
Pour répondre à cette question, une fois de plus, l’histoire militaire apporte ses enseignements même s’il ne s’agit pas de copier ce qui s’est fait à d’autres époques mais de retrouver l’intention, la posture intellectuelle et morale qui ont permis d’amener le succès à nos anciens. Dans ce cadre, l’action du maréchal Leclerc, en Afrique tout d’abord, avec les prémices des forces françaises libres, pendant les combats de la 2ème DB sur le sol national puis au cours de la reconquête de l’Indochine en 1945 par le CEFEO[3], demeure la clé de ce qui pourrait devenir l’esprit de l’art opératif français.
De ce fait, si l’histoire militaire française n’est guère enrichie par la culture opératique, nous verrons que la France s’est rapidement adaptée aux procédures d’outre-Atlantique mais doit maintenant renouer avec l’héritage de l’esprit « Leclerc » pour élaborer une vision pragmatique et innovante de l’action opérative.


1- La « grande tactique » dans la pensée militaire française.
Le crédo français de la « grande tactique » va polluer la pensée opérative française jusqu’en 1940, ne permettant pas aux grands chefs d’anticiper les évolutions dans la conduite des opérations et imposant, à chaque grand conflit, un effort d’adaptation au fil de l’eau.
Dès le XVIIIème  siècle, les praticiens de la guerre, en France, pressentent la nécessité de réfléchir à un échelon intermédiaire entre la stratégie et les manœuvres du champ de bataille et ce, afin de mieux coordonner des armées de plus en plus nombreuses et dotées de moyens complémentaires (artillerie par exemple). Mais cette initiative ne se concrétise que par la recherche de nouvelles organisations ou types d’unité comme les divisions de Victor de Broglie en 1760 ou celles de Bourcet figurant, en 1771, dans  ses « Principes de la guerre en montagne ». Ce dernier ouvrage part du postulat que les forces devront, à l’avenir, être engagées et se battre sur des compartiments de terrain de plus en plus cloisonnés et dépassant les échelles convenues dans les combats passés. Si l’ambition est bonne, une fois de plus, elle se focalise sur la constitution de grandes unités interarmes sans état-major conséquent et dont l’autonomie se limite à la mise en œuvre des missions fixées par un commandement hyper centralisé.

A suivre


[1] Etat-major de force de niveau 2.
[2] Corps de réaction rapide de niveau 1.
[3] Corps expéditionnaire français en Extrême –Orient.

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