Bienvenue sur l'écho du champ de bataille

« L’écho du champ de bataille » a pour ambition de vous proposer à la lecture et à la réflexion des contributions sur des sujets relatifs à la stratégie, à l’art opératif, à la tactique et plus largement sur l’engagement et l’emploi des armées. Ces brèves, illustrations ou encore problématiques vous seront livrées sous le prisme de l’histoire militaire mais aussi sous celui des théâtres d’opérations d’hier, d’aujourd’hui, voire de demain. Des enseignements de grands chefs militaires de toutes les époques aux analyses polémologiques prospectives en passant par la doctrine ou aux équipements des forces françaises et étrangères. Gageons que vous aurez plaisir à lire ces articles ou à contribuer au débat. Bonne lecture…

vendredi 25 avril 2014

Développer une vision française de l’art opératif : s’inspirer de l’esprit du maréchal LECLERC.(3/4)


Troisième volet de notre réflexion sur l'art opératif.
L’ancrage des militaires sur les territoires d’outre-mer et leur connaissance issue de la période coloniale les ont néanmoins à trouver des solutions pour contrôler le milieu ou mailler le terrain, adaptant les modes d’action aux rebelles (postes, bases avancées, hélicoptères, commandos de chasse) mais aussi en gagnant une partie des civils à leur cause ou en redécouvrant la guerre psychologique, les actions civilo-militaires (sections d’administration spéciales, …). Les résultats tactico-opératifs sont au rendez-vous, notamment si l’on considère l’efficacité du point de fixation que représente le camp de Na San en 1952 en Indochine qui va briser l’élan du Vietminh pendant plusieurs mois. C’est également le cas au regard du plan Challe en 1959 sur les « Katibas » du FLN[1] et de l’imperméabilité de la ligne Morice qui interdit à l’adversaire de rejoindre la zone des opérations mais également de soutenir logistiquement ses forces  à partir de sanctuaires tunisiens.


Mais les retraits difficiles d’Indochine puis d’Algérie ont poussé l’armée française à oublier cet acquis opérationnel pour retrouver le terrain européen et la menace conventionnelle du Pacte de Varsovie. Engagés au sein de l’OTAN, les militaires français vont donc être largement influencés par le modèle américain de conduite des opérations. Avec la doctrine de l’« Air Land Battle » des années 1980 ils vont, dans un premier temps, concentrer la transformation de l’outil de combat sur une meilleure intégration interarmées, sur l’emploi de l’arme aéromobile et sur la création d’une « Force d’action rapide » capable de contribuer à l’attrition des échelons blindés et mécanisés soviétiques dans la profondeur. L’URSS, de son côté, défend toujours son art opératif hérité de la seconde guerre mondiale avec la recherche permanente de l’enveloppement afin de ne pas perdre de temps et afin de rechercher, à tous les niveaux le point de rupture qui sera exploité par les chars après une tête de pont établie par l’infanterie, elle-même largement appuyée par des moyens d’artillerie puissants (conventionnels ou pas d’ailleurs).
Mais avec la fin de la guerre Froide, les Occidentaux sont confrontés à la gestion de crises nouvelles, de conflits interethniques, de catastrophes humanitaires,  à des Etats défaillants, des explosions ultra-nationalistes ou des guerres civiles en Afrique (Rwanda, Libéria,…) en Asie (Cambodge, Timor) mais aussi en Europe (Ex-Yougoslavie, Kosovo). L’allié américain, mais surtout la capacité  d’adaptation des états-majors de l’OTAN et, dans une moindre mesure de l’ONU, impose ou initie une nouvelle vision opérative dans la gestion de ces situations violentes pour lesquelles l’ennemi est difficilement identifiable, les civils demeurant imbriqués au sein des factions, tantôt victimes, tantôt soutien. Dans un contexte juridique contraint et des règles d’engagement restrictives, l’effet final recherché s’énonce souvent avec des contours flous puisqu’émanant d’un consensus politique international fragile ou d’organisation technocratiques et éloignées des réalités du terrain. Les PC (postes de commandement) augmentent en volume et font apparaître, ou renaître, des fonctions opérationnelles singulières comme les actions CIMIC[2], les PSYOPS[3], les POLAD[4], les LEGAD[5] ou encore des unités de renseignements interalliées de type bataillons ISTAR et LOT[6]. En Bosnie par exemple, la SFOR (Stabilisation Force) comptera jusqu’à 32 000 hommes répartis en 3 aires de responsabilité dont près de 6 400 français, principalement affectés au sein de la DMNSE (division multinationale sud-est) de Mostar. Depuis Sarajevo, un état-major coordonne l’action des forces de l’OTAN afin d’assurer la sécurité et la mise en œuvre des accords de Dayton signés entre les belligérants en 1995. Plus tard, au Kosovo, après une phase d’engagement plus conventionnelle, la KFOR devra gérer la haine entre Serbes et Albanais allant jusqu’à assurer des missions de contrôle de foule dans les rues de Mitrovica. A chaque fois, l’emploi des armes, la force létale et la manœuvre tactique sont limitées à des missions de présence ou à un rôle de tampon entre adversaires d’hier.
Plus tard, latente et en perpétuelle mutation, la menace asymétrique (et terroriste) focalise l’engagement des armées et ce, après 2001, avec l’Afghanistan puis l’Irak sans oublier la confrontation entre Israël et le Hezbollah au Liban. Des forces considérables et d’importants moyens terrestres, aériens et parfois navals sont déployés pour combattre ce que l’on appelle les insurgés, avec une population parfois hostile, des références culturelles ou éthiques très différentes de nos sociétés, un environnement régional instable mais surtout des situations fortement complexes et extrêmement dégradées (souvent depuis plusieurs années voire des décennies) sur les plans sociaux, politiques, militaires et même économiques. Les états-majors otaniens, et la France par effet d’alliance, se sont ainsi structurés selon un modèle dit d’ « approche globale » qui associe des lignes d’opération mélangeant des savoir-faire militaires (« cinétiques ») avec d’autres capacités, davantage du ressort de spécialistes civils (police, justice, administration, éducation, infrastructures,…). Les termes de gouvernance, de développement, de sécurité deviennent l’apanage des PC comme l’ISAF à Kaboul dont les effectifs pléthoriques planifient des actions qui vont de la lutte contre la corruption au « mentoring » des troupes locales, en passant par la sécurisation des axes, la protection contre le terrorisme, la réforme agraire ou la lutte contre les EEI[7].
Perdu dans ce que le général américain PETRAEUS appelait, avec dérision, les « plat de spaghettis » des théâtres d’opérations contemporains, les militaires occidentaux sont soupçonnés de vouloir imposer des modèles de société inadaptés aux pays concernés.

A suivre,...


[1] Front de libération nationale algérien.
[2] Actions civilo-militaires.
[3] Opérations psychologiques
[4] Conseiller politique du commandement.
[5] Conseiller juridique du commandement
[6] Liaison and observation teams.
[7] Engins explosifs improvisés.

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