Bienvenue sur l'écho du champ de bataille

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jeudi 3 janvier 2013

Le principe de liberté d'action (3).


Revenons au bon usage des réserves dans le cadre de l'entretien de la liberté d'action, principe que nous étudions depuis deux semaines.
Les réserves peuvent être de plusieurs ordres mais il est convenu qu'elles soient principalement le fait d'une ou de plusieurs unités de combat.
Néanmoins, on peut imaginer, au regard des exemples historiques, que ces réserves puissent revêtir d'autres formes : logistique, avec du carburant (cas de l'offensive allemande des Ardennes en 1944 qui manquera d'essence pour vaincre), avec des moyens de transport (porte-chars israéliens au cours de la guerre du Kippour permettant à Tsahal de basculer rapidement ses unités blindées du front égyptien au plateau du Golan), renseignement avec des capteurs supérieurs à ceux de l'adversaire  utilisés au bon moment (à l'exemple de la première bataille de la Marne pendant laquelle les reconnaissances aériennes françaises du général Galliéni détectent le changement de direction de l'armée Von Kluck), mais aussi en appui feux (batterie d'artillerie impériale à Wagram).
Ceci étant, pour que cette réserve soit la plus efficace possible, le général a l'obligation de choisir une position adaptée, sur le plan géographique (carrefours, axes, points hauts, zone camouflée ou protégée) ou en termes d'échelonnement (place dans le dispositif afin d'intervenir au profit de tous) ou de discrétion (échapper aux vues de l'ennemi pour la préserver d'une attaque préventive). L'unité mise en réserve doit alors reconnaître, en amont de son emploi, les lieux ou le terrain sur lesquels elle est susceptible d'agir, tout en maîtrisant parfaitement l'enchaînement du mode d'action prévu pour les autres forces amies. Son articulation doit plutôt être interarmes afin de disposer du plus large panel d'outils possibles (infanterie, feux, génie, cavalerie, ...) face à la diversité des situations. L'état-major, quant à lui, ne peut ignorer l'engagement de la réserve dans la planification de son plan de manoeuvre (envisager les cas non conformes) mais il devra également prévoir sa reconstitition, au plus vite, dès qu'elle aura été utilisée et ce, afin de faire face aux frictions à venir.
Un des meilleurs exemples d'emploi des réserves apparaît lors de la bataille de Fontenoy en 1745. Louis XV fait face, à l'époque, au duc de Cumberland, fils du Roi d'Angleterre commandant une coalition anglo-hollandaise bien supérieure à l'armée française. Pourtant, le roi de France (et son général, le maréchal de Saxe) a pris soin de préparer une réserve de cavalerie en deuxième échelon (qui ralentit la progression de la colonne ennemie entre la redoute de Fontenoy et  celle de Eu, puis il dissimule une réserve d'infanterie (derrière le bois de Bary) qui fond sur le flanc de Cumberland et anénantit son armée en 15 minutes.


 
4- La prise de l'ascendant.
 
Pour bénéficier d'une liberté d'action la plus large et la plus longue possible, il s'agit également de prendre l'ascendant sur son adversaire, que cela soit physiquement, tactiquement, moralement ou techniquement (avec des moyens matériels ou immatériels d'ailleurs). Dans ce cadre, le fin tacticien cherchera à accélerer le "tempo", le rythme de la manoeuvre grâce à la performance de son cycle de décision, à la qualité de sa planification comme à sa capacité à s'affranchir des contraintes du milieu (météo, terrain, mouvements, population,...) et ce, en utilisant des moyens de communication puissants (signaux lumineux ou visuels, moyens radio, NEB, ...) ou des unités spécialisées (appui à la mobilité, appui mouvement, sections d'aide au déploiement,...). Comment ne pas évoquer alors les troupes allemandes à Sedan en 1940 capables de coordonner l'attaque des divisions blindées par radio ou encore, bien plus tôt, Napoléon communiquant avec les détachements de la Grande Armée grâce au télégraphe de Chappe déployé dans l'Europe entière de Brest à Vienne.
La prise de l'ascendant est également indissociable de la saisie des opportunités (repli adverse, abandon d'une portion du champ de bataille, comme celui du plateau de Pratzen par les austro-russes à Austerlitz en 1805), de la recherche des cibles à haute valeur ajoutée dans l'autre camp (à l'instar des postes de commandement ou des zones logistiques). Il est possible, dans un autre registre, d'aveugler l'adversaire pour le désorienter, ralentir sa faculté d'adaptation et son potentiel d'anticipation voire en le poussant à "culminer" (atteindre la pleine puissance de ses moyens) le premier comme le suggère le général Yakovleff. Pour cela, il existe des stratagèmes ou des modes d'action particuliers, qui vont de la déception à la dissimulation en passant par le brouillage électromagnétique ou les opérations d'information. Dès lors, le chef interarmes, en optimisant ses propres moyens de renseignement, en concentrant ses efforts et les effets de ses armes sur le centre de gravité adverse et en mobilisant les forces morales de son armée (conceptions du colonel Ardant du Picq) pourra avoir l'ascendant tant psychologique que physique sur l'autre bélligérant de la bataille. D'ailleurs, à Bouvines en 1214, les chevaliers de Philippe Auguste ne s'y trompent pas. En effet, malgré la supériorité numérique d'Otton IV, ils sont persuadés d'avoir le soutien du jugement de Dieu et s'attaquent avec témérité directement au chef germanique créant ainsi la panique chez ses vassaux (comme le duc de Brabant) qui s'enfuient en désordre.

 
 
A suivre...

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