Bienvenue sur l'écho du champ de bataille

« L’écho du champ de bataille » a pour ambition de vous proposer à la lecture et à la réflexion des contributions sur des sujets relatifs à la stratégie, à l’art opératif, à la tactique et plus largement sur l’engagement et l’emploi des armées. Ces brèves, illustrations ou encore problématiques vous seront livrées sous le prisme de l’histoire militaire mais aussi sous celui des théâtres d’opérations d’hier, d’aujourd’hui, voire de demain. Des enseignements de grands chefs militaires de toutes les époques aux analyses polémologiques prospectives en passant par la doctrine ou aux équipements des forces françaises et étrangères. Gageons que vous aurez plaisir à lire ces articles ou à contribuer au débat. Bonne lecture…

lundi 7 janvier 2013

Le principe de liberté d'action (fin)

 
Afin de conclure sur le principe de liberté d'action, j'aborderai donc les deux derniers procédés en lien avec ce paradigme de la guerre. Je n'étudierai les principes de concentration des efforts et d'économie des moyens qu'ultérieurement, préférant, dans les jours et semaines à venir, vous proposer des articles traitant des rébellions et guerres civiles, de la guerre russo-japonaise de 1904-1905 ou de la question du centre de gravité.


5- L'initiative et l'audace.
 
Le chef peut également préserver sa liberté d'action en prenant l'initiative sur son adversaire et ce, par des décisions, un commandement, des modes d'action ou une organisation originaux comme audacieux. En effet, créant la surprise, il déstabilise l'ennemi en prenant sur lui, à l'instar des échecs, le coup d'avance décisif. Pour cela, il s'agit d'abord de disposer d'un bon renseignement et d'une vision claire de la situation sur le champ de bataille puis, d'organiser sa châine de commandement en favorisant l'action décentralisée et la subsidiarité pour les subordonnés. Ces derniers sont alors capables de réagir, en temps réel, sur les évènements observés dans leurs zones d'action respectives. De la même façon, en amont, les état-majors doivent cultiver la culture du risque pour provoquer les opportunités à saisir grâce, notamment, aux moyens gardés aux ordres (réserves, éléments d'appui dans la troisième dimension, ...). Enfin, la recherche de la profondeur et l'emploi large de l'espace d'engagement dans la manoeuvre permettent également de choisir le lieu, le moment et la forme de l'action. D'ailleurs, la vision opérative prônée par les écoles allemandes et soviétiques prend pleinement la mesure de cette nécessité d'ouvir le champ des options possibles avec toujours l'ambition de prendre le camp adverse de vitesse, tant dans l'appréciation de situation, la conception des ordres et l'application du plan sur le terrain.
Dans l'histoire militaire, la bataille de Tannenberg en 1914 fait figure de belle illustration des idées explicitées ci-dessus. En effet, les généraux Hindenburg et Luddendorff, en août de cette année, font face à deux armées russes qui, malgré leurs premiers succès, sont contraintes de s'arrêter ou de ralentir le rythme de progression pour régler leurs problèmes logistiques. Les Allemands prennent alors la décision de dégarnir le front face à la première armée russe dans la région de Gumbinnen pour renforcer le flanc sud, contre-ttaquer et finalement encercler, dans les forêts et marécages, l'armée de Samsonov en moins de trois jours. Moscou perd 30 000 tués, 500 canons et 122 000 prisonniers alors que Berlin ne compte que 10 à 15 000 morts. Les chefs allemands, face à l'inaction ennemie, ont donc pris l'initiative et le risque d'affaiblir une partie de leur dispositif pour déstabiliser la menace la plus forte.

 
6- Exploiter un avantage.
 
Mais la liberté d'action doit être acquise dans la durée de la bataille ou d'une campagne par une capacité à déséquilibrer durablement l'adversaire jusqu'à sa défaite. Ceci prend ainsi tout son sens par l'exploitation d'un avantage gagné de haute lutte mais qui doit être très vite saisi. Une fois de plus, les moyens réservés sont souvent  dédiés à cela, comme le fut la cavalerie légère des guerres de l'Empire aux prémices du premier conflit mondial. Ces unités doivent donc être mesure de recevoir un appui puissant tout en se garantissant une mobilité accrue et une cohérence tactique voire une certaine autonomie logistique. Quant à la décision de mouvement, elle doit être rapide et soutenue par des méthodes comme des moyens performants, à l'image de ceux mis en oeuvre dans le cadre de la NEB (numérisation de l'espace de bataille) qui, comme le disait le général Cuche alors chef d'état-major de l'armée de terre " représentent de remarquables réducteurs de frictions".
En fait, lors de la bataille des Arapiles en 1812, en Espagne, le général français Marmont saisit l'avantage que lui procure le point haut du "Grand Arapile" pour affaiblir les troupes portugo-britannique de Wellington mais sans concrétiser sa supériorité. En revanche, quand le général impérial Thomières, interprétant mal les ordres, crée un vide entre le centre et la gauche française, Wellington lance immédiatement ses forces dans l'espace de manoeuvre, scindant en deux l'armée de Marmont et le contraignant à une retraite précipitée.
 
Cette étude a démontré, s'il en était encore besoin, que la liberté d'action demeure la clef de voûte des principes de la guerre défendus par l'armée de terre française. En effet, elle permet au chef interarmes d'agir selon son tempo, son échelonnement, son idée de manoeuvre tout en se garantissant l'ascendant sur l'adversaire mais aussi la possibilité de réagir à l'imprévu comme celle d'exploiter un avantage ou une opportunité offerte par l'ennemi, le milieu, la planification ou la conduite des opérations.
 
Frédéric Jordan
 

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