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« L’écho du champ de bataille » a pour ambition de vous proposer à la lecture et à la réflexion des contributions sur des sujets relatifs à la stratégie, à l’art opératif, à la tactique et plus largement sur l’engagement et l’emploi des armées. Ces brèves, illustrations ou encore problématiques vous seront livrées sous le prisme de l’histoire militaire mais aussi sous celui des théâtres d’opérations d’hier, d’aujourd’hui, voire de demain. Des enseignements de grands chefs militaires de toutes les époques aux analyses polémologiques prospectives en passant par la doctrine ou aux équipements des forces françaises et étrangères. Gageons que vous aurez plaisir à lire ces articles ou à contribuer au débat. Bonne lecture…

jeudi 31 janvier 2013

Petites guerres et contre-insurrection : perspectives historiques (1).


Alors que les adversaires potentiels des théâtres d’opérations contemporains semblent se limiter, pour le moment, à des combattants asymétriques (comme le veut l’expression consacrée), il m’est apparu intéressant de revenir sur ce que l’on a longtemps appelé les « Petites guerres ».
Ces dernières seront d’ailleurs également définies, au cours des âges, comme des actions de pacification, du maintien de l’ordre, de la contre-guérilla, de la contre rébellion et finalement, de la contre-insurrection. Néanmoins, ce riche vocabulaire, ramené à une longue perspective historique et militaire, recèle, certes des évolutions doctrinales, mais surtout une grande continuité dans les modes d’action et les procédés de lutte face à un adversaire dit irrégulier.
Le combat de l’insurgé revêt souvent de nombreuses formes qu’il s’agira de développer et d’illustrer car il représente l’arme du faible face au fort voire le défi des armées conventionnelles dominantes du moment. Ainsi, il apparaît régulièrement dans les annales militaires, d’Aristote à l’Afghanistan en passant par les Jacqueries du Moyen Age, les Camisards ou encore les combats de la Grande Armée en Espagne comme les révolutions coloniales ou communistes du XXème siècle.
Ces conflits seront tantôt à l’avantage des forces modernes, tantôt à celui du « guérilléro » et ce, en fonction des zones géographiques, des armes utilisées, des contextes politico-militaires et des tactiques mises en œuvre.
Nous essaierons donc, dans les articles à venir, de déterminer les caractéristiques de ces conflits avant d’étudier les différentes écoles et courants de pensée de cette forme de guerre puis de conclure sur les principes et fondements de la contre-insurrection portés par l’histoire.


 1-     Les formes d’insurrection dans l’histoire.
Pour Rémy Porte, militaire et historien, « les forces insurgées se caractérisent toujours par une aptitude particulière à s’adapter rapidement aux conditions du moment ». La doctrine française actuelle définit les insurrections comme les « activités d’un groupe ou d’un mouvement organisé, souvent idéologiquement motivé, qui cherche à provoquer le changement politique de l’autorité gouvernant un pays ou une région. Ces activités sont centrées sur la persuasion ou la contrainte de la population en employant la violence et la subversion ». D’autres pays ou spécialistes préfèrent voir le soldat insurgé  comme une organisation systémique complexe à l’image des groupes mafieux ou des communautés sectaires. Plus tôt, des personnalités comme Charles Calwell, au XIXème siècle, développent le concept de « Petites guerres » pour définir les conquêtes coloniales européennes face à des peuples chefs militaires répartis de l’Afrique à l’Asie centrale et soutenus par des guerriers mal équipés mais mobiles ou s’intégrant parfaitement au milieu et à la population (armée du Mahdi au Soudan, Boers sud-africains, Turkmènes). L’insurrection est ainsi toujours associée, y compris dans les écrits d’Aristote qui  fait déjà référence à la subversion, aux termes de guerrilla, de soulèvement, de révolte, de partisan, de libération nationale, de Jihad, de Takfirisme, d’émeute, de terrorisme, de guerre psychologique, de propagande ou de harcèlement. Dans toutes les acceptions, on trouve la violence, le rapport de force, la recherche du déséquilibre de l’ordre établi.
Dans ce cadre, on comprend aisément que l’action du combattant irrégulier relève davantage de l’état d’esprit que d’une doctrine clairement établie appuyée sur des procédés tactiques pérennes ou des équipements et armements spécifiques. En effet, une instruction de l’ALN (armée de libération nationale algérienne) préconisait déjà à ses combattants en 1957 que le « guérilléro doit être insaisissable comme une anguille, mouvant comme le papillon dans l’espace, prompt comme le tigre affamé ».
Ce soldat asymétrique trouve sa raison d’être dans des causes multiples (ou associées) et ce, dans toute l’histoire. Sociologiques (inégalités, rivalités, frustrations) comme les Chouans de 1795 face au pouvoir révolutionnaire, les révoltes de gladiateurs sous l’Antiquité, les tribus gauloises divisées, les membres de l’IRA irlandaise. Culturelles (ethnies, religions) comme les Camisards entre 1702 et 1704, les Kurdes du PKK en Turquie, les Tigres Tamouls au Sri Lanka, les Islamistes du Sahel. Géographiques (accès aux ressources, migrations, invasions) comme les combattants de Casamance, les troupes zoulous face aux Britanniques, les Indiens d’Amérique face à la conquête de l’Ouest. Politiques comme les guerres du Vietnam ou d’Algérie, les guérilléros sandinistes au Nicaragua et enfin, la Commune de Paris en 1871.
A suivre…

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