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« L’écho du champ de bataille » a pour ambition de vous proposer à la lecture et à la réflexion des contributions sur des sujets relatifs à la stratégie, à l’art opératif, à la tactique et plus largement sur l’engagement et l’emploi des armées. Ces brèves, illustrations ou encore problématiques vous seront livrées sous le prisme de l’histoire militaire mais aussi sous celui des théâtres d’opérations d’hier, d’aujourd’hui, voire de demain. Des enseignements de grands chefs militaires de toutes les époques aux analyses polémologiques prospectives en passant par la doctrine ou aux équipements des forces françaises et étrangères. Gageons que vous aurez plaisir à lire ces articles ou à contribuer au débat. Bonne lecture…

jeudi 26 mars 2015

Opération "Market Garden " en 1944 : la catastrophe d'Arhem.


Contexte général :
Après l’opération Overlord en Normandie déclenchée le 6 juin 1944, les Alliés ont exploité leurs premiers succés vers l’Ouest et libéré une partie du Nord-Est de la France et de la Belgique. Pendant les mois de juillet et août 1944, les forces Allemandes se replient vers leur frontière. Le général Eisenhower décide alors de poursuivre l’offensive vers l’Allemagne avec comme objectif principal la Ruhr, poumon industriel du IIIème Reich. Pour entrer en Allemagne, 2 options s'offrent à lui : une approche directe vers la ligne Siegfried par le Sud, une approche indirecte au Nord via les Pays-Bas. L’objectif secondaire est de s’emparer d’un port pour raccourcir les délais d’approvisionnement des Alliés dont les lignes de communication s’étirent à partir de la Normandie. Le général Eisenhower choisit finalement le plan Nord défendu par le général britannique Montgomery qui demande la priorité pour planifier, préparer et concentrer les moyens nécessaires à cette action tactique. Celle-ci appraît certes risquée mais qui offre une opportunité d’atteindre rapidement les 2 objectifs même si le général américain Patton montre dans sa zone d'action une fulgurance et une manouvrabilité plus concrète.



Déroulement de la bataille :
Le dispositif défensif Allemand est constitué principalement du 2ème SS Panzerkorps du Général Bittrich. Suite à de lourdes pertes, cette unité est en cours de réarticulation dans la zone entre Nimegue et Arnhem. L’offensive alliée comprend une opération aéroportée (MARKET) et une offensive blindée (GARDEN).
-  Opération MARKET : Cette opération aéroportée de 35.000 hommes a pour but de s’emparer des ponts situés sur la route Eindhoven, Nimegue, Arnhem au profit des blindés. Seront principalement engagées les 101ème et 82ème divisions aéroportées américaines et la 1ère division aéroportée britannique (à Arnhem).
-  Opération GARDEN : L’offensive terrestre blindée est menée principalement par le XXXème Corps, flanc-gardé par les VIIIème et XIIème Corps. Il a pour objectif Eindhoven le 1er jour, Nimegue le 2ème et Arnhem au plus tard le 4ème jour.
Temps 1 : 17 septembre 1944
L’opération débute dans de bonnes conditions pour les 101ème et 82ème divisions. En revanche la 1ère division est dispersée et ne dispose que du quart de ses effectifs pour s’emparer du pont d’Arnhem. La résistance allemande y est solide et la reconnaissance comme 2 assauts successifs sont repoussés. Le 2ème bataillon du lieutenant-colonel britannique Frost s’installe en défensive à proximité du pont d’Arnhem. Faute de moyens de transmissions en état (ou adpatés), la division doit communiquer par signaux visuels avec la RAF, ce qui limite fortement l’appui aérien.
Du côté Allemand, les intentions alliées sont vite perçues et un bataillon de reconnaissance est envoyé à Nimegue pour renforcer la défense du pont. La surprise n’a pas fonctionné.

Temps 2 : 18 et 19 septembre 1944
La 101ème division est installée dans la région d’Eindhoven et y installe un pont Bailey pour franchir le canal de Wilhelmine. La 82ème division, malgré les contre-attaques allemandes, contrôle la zone de Nimegue en début d’après-midi. La 1ère division britannique avance vers Arnhem avec 2 bataillons de parachutistes qui sont arrêtés par les Allemands en périphérie de la ville. Il ne leur reste en fin de journée que 20% de leur effectif initial. La 4ème brigade parachutiste est larguée sur position avec tous ses effectifs pour tenter de renverser le rapport de force localement.
Le lendemain, la 101ème division à Eindhoven subit une contre-attaque allemande dans la matinée. Les chars britanniques du XXXème corps la repousse. Pour la 82ème division à Nimegue, la tentative de saisi du pont échoue.
Quant à la 1ère division à Arnhem, les 1er et 3ème bataillons tentent la jonction avec le 2ème bataillon du lieutenant-colonel Frost qui tient ses positions. L’offensive échoue et les bataillons sont contraints à la retraite. L’attaque de la 4ème brigade à partir du Nord d’Oosterbeek est également un échec et celle-ci établit une tête de pont sur la rive Nord du Rhin. La 1ère brigade indépendante polonaise est larguée à son tour pour tenter un dernier sursaut mais la défense allemande neutralise une partie de l’effectif.

Temps 3 : 20 au 25 septembre 1944
La 101ème division à Eindhoven voit les Allemands contre-attaquer mais sont contenues par les chars du XXXème Corps blindé britannique. La 82ème division à Nimegue parvient à s’emparer du pont après avoir fait franchir des unités d’infanterie sur canots. L’opération a été très coûteuse en vies humaines et a surtout été trop lente pour tenir le tempo imposé par la planification initiale.
Pour la 1ère division à Arnhem, le 2ème bataillon de Frost tient encore le pont d’Arnhem mais ne peut pas être rejoint par le XXXème Corps blindé britannique. Le bataillon est à cours de ravitaillement (munitions, vivres, eau). Les Polonais ont été rapidement capturés ou massacrés aux abords d’Arnhem. Afin d’éviter la destruction totale de la 1ère division, la général Urquhart ordonne le repli vers les lignes tenues par les Américains plus au Sud. Dans la nuit du 24 au 25 septembre, 2000 survivants sur les 10 000 parachutistes d’Arnhem repassent le Rhin, large de 400 mètres.

BILAN :
Les pertes alliées s’élèvent à 16 800 tués, blessés ou prisonniers. Les Allemands déplorent environ 8000 pertes.

Enseignements de la bataille :
Au niveau tactique :
L’opération MARKET-GARDEN est un semi-échec. Malgré le coup porté aux Allemands, les Alliés ont été trop ambitieux et ont perdu 12.000 parachutistes en les projetant « un pont trop loin[1] ».
Le fait de dépendre uniquement de la 3ème dimension pour les renforts ou l’approvisionnement a été particulièrement néfaste aux divisions parachutistes n’ayant ni l’effectif ni l’autonomie suffisante pour tenir compte tenu du retard du XXXème corps blindé britannique. De plus, ils ne disposaient pas de moyens anti-chars suffisant ou appropriés face aux Panzers allemands.
La simplicité de la manœuvre qui ne possédait pas de diversion n’a pas permis aux Alliés de prendre l’ascendant sur les Allemands qui ont identifié rapidement l’intention des attaquants et ont donc rapidement mis sur pieds une parade et une manoeuvre de contre-attaque (ou de freinage face au XXXème corps blindé britannique .

Au niveau opératif :
La coordination entre les unités terrestres et la RAF a été rendue particulièrement difficile à cause de problèmes matériels (compatibilité des fréquences, destructions).
L’entêtement des Alliés sur la zone EINDHOVEN-NIMEGUE-ARNHEM les a détourné de l’objectif secondaire qui était la prise d’un port pour ne plus avoir à faire parvenir l’approvisionnement des troupes par la Normandie. Le port d’Anvers ne sera pris que le 28 novembre 1944, après de rudes combats contre un ennemi qui avait eu le temps de se reconstituer et de valoriser ses défenses. Les lignes de communications s’étirèrent donc encore entre le 1er échelon et les côtes conquises par Overlord, provoquant ainsi une crise logistique qui verra ses conséquences à l'hiver dans la région des Ardennes.





[1] « Un pont trop loin » : Film de 1977 réalisé par Richard Attenborough relatant la bataille d’ARNHEM.

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