Bienvenue sur l'écho du champ de bataille

« L’écho du champ de bataille » a pour ambition de vous proposer à la lecture et à la réflexion des contributions sur des sujets relatifs à la stratégie, à l’art opératif, à la tactique et plus largement sur l’engagement et l’emploi des armées. Ces brèves, illustrations ou encore problématiques vous seront livrées sous le prisme de l’histoire militaire mais aussi sous celui des théâtres d’opérations d’hier, d’aujourd’hui, voire de demain. Des enseignements de grands chefs militaires de toutes les époques aux analyses polémologiques prospectives en passant par la doctrine ou aux équipements des forces françaises et étrangères. Gageons que vous aurez plaisir à lire ces articles ou à contribuer au débat. Bonne lecture…

mercredi 11 septembre 2013

Quelques réflexions sur la guerre des Gaules...(2/2)

 
Nous achevons notre réflexion sur la guerre des Gaules afin de savoir si César et ses légions auraient pu être tenus en échec par les combattants et armées celtes auxquels ils ont été opposés pendant la campagne. Dès lors, après avoir vu que la pensée sur l’art de la guerre romaine est bien plus aboutie qu’il n’y paraît (et même si elle n’a pas toujours été formalisée par des traités), nous allons nous interroger sur les forces et faiblesses des unités de combat de Rome ainsi que sur leurs modes d’action.

 
La tactique romaine et les légions.
L’équipement des légionnaires est standardisé avec, en particulier, le bouclier ovale et hémisphérique d’origine samnite, un casque et le couple glaive-javelot (gladius et pilum) pour l’engagement. Cet ensemble contribue à la maîtrise du combat individuel et facilite la protection du combattant qui peut frapper, à l’abri des coups, avec un panel d’armes puissantes.


Les Gaulois, pour leur part, font montre d’un grand courage dans le corps à corps et d’un armement important. On y trouve des javelots, des lances, des épées longues à deux tranchants, des boucliers mais aussi des casques et des cottes de maille pour les nobles.
Dans un autre registre, les tribus de Gaule forment leurs armées selon un système vassalique dit de « clientélisme » en fonction des besoins. Il n’y a donc que peu de guerriers à temps plein (« ambacti ») mais beaucoup de recrues de circonstance prélevées avant la guerre. L’entraînement collectif, ainsi que l’instruction individuelle sont faibles, faisant d’une troupe gauloise un outil tactique médiocre en manœuvre d’ensemble. Les Gaulois apprennent pourtant de leurs adversaires venus de Rome, constatant que les attaques frontales sont trop meurtrières, que les embuscades sont davantage couronnées de succès et que l’art de la poliorcétique est incontournable (fossés, galeries couvertes, échelles, grappins,…). Quelques modes d’action particuliers méritent pourtant d’être soulignés chez les Celtes comme le fractionnement des assauts (vagues successives) des chars « biplaces » bretons ou le mélange de cavaliers et de fantassins des Germains (protection réciproque).
D'autre part, la légion romaine présente de réels atouts. Constituée, à l’époque de César, de 10 cohortes, 30 manipules et 60 centuries, elle regroupe environ 5000 à 6000 hommes en moyenne renforcée de 200 à 300 cavaliers. La légion est un outil « interarmes » remarquable pour l’époque, très polyvalent, avec un fort encadrement d’officiers subalternes (les centurions) issus du rang pour commander et instruire les légionnaires. De plus, ces combattants réguliers sont appuyés par des auxiliaires « barbares » qui apportent des savoir-faire spécifiques (mais nécesaires) comme les archers crétois ou les frondeurs des Baléares. Le point faible des légions demeurent la cavalerie que César compense en recrutant des Gaulois ou des Germains (400 cavaliers à Alésia).
Pour ce qui concerne la tactique, les Romains mettent en place un combat en 3 lignes selon une structure en échiquier, avec un rideau de fantassins légers (voltigeurs antiques) qui harcèlent l’adversaire puis se replient dans les intervalles. Ce dispositif offre une grande souplesse sur tous les terrains et permet des attaques de flanc comme les changements de direction inopinés. Au contact, après un assaut en courant, les qualités des légionnaires en escrime, mais également leur endurance (appuis mutuels, relèves au sein des unités, entraînement), leur donnent la supériorité dans la plupart des batailles. Les légions sont également les reines du siège ou des bâtisseurs de forteresses de campagne redoutables. Maîtrisant les techniques d’assaut (mines, approches, encerclement, …), ils savent également construire des camps pour se protéger ou passer l’hiver. Ces bases opérationnelles permettent de conduire des expéditions rapides et courtes tout en préservant les hommes et la logistique. De la même façon, cavaliers et piétons sont appuyés en offensive, comme en défensive, par de l’artillerie. Il s’agit de scorpions, de balistes ou d’huiles incendiaires qui affaiblissent les rangs adverses à distance, ouvrent des brèches dans les « oppidum » ou couvrent le mouvement principal des cohortes.
Avant de conclure, je livre, en guise de synthèse, cette citation de Végèce qui tente d’expliquer, à la fin du IVème siècle, la supériorité militaire romaine :
« Nous voyons que le peuple romain n’a soumis le globe terrestre par rien d’autre que l’entraînement aux armes, la discipline des camps et l’expérience militaire. En effet, qu’aurait pu leur petit nombre contre la multitude des Gaulois ? Qu’aurait pu tenter leur petite taille contre la hauteur gigantesque des Germains ? (…) Mais contre tous ces avantages, il nous a été profitable de choisir judicieusement les recrues, de leur enseigner le maniement des armes, de les fortifier par des exercices quotidiens, de les préparer sur le terrain de manœuvre à tout ce qui peut arriver dans les différentes sortes de combats, de marches et de campement et de punir sévèrement les lâches. »
En conclusion, il apparaît que la formation des élites militaires, celle des légions, ainsi que les tactiques employées, permettent aux Romains de vaincre un adversaire gaulois bien plus nombreux mais dont les méthodes de combat restent trop simplistes et frontales. La rationalité de l’entraînement des légions, leur équipement standardisé, leur artillerie mais aussi le renfort d’auxiliaires particuliers ont constitué les fondements d’un outil interarmes polyvalent, souple d’emploi et puissant et ce, tant en défense qu’en attaque, en rase campagne ou face à une Cité ennemie. Les adaptations conduites par les Gaulois pour se mettre à niveau de leur adversaire démontrent que seule une longue période d’apprentissage aurait permis aux Celtes de trouver des parades efficaces afin d’éviter la défaite. Conscient du rôle crucial du temps dans l’art de la guerre, César a donc conclu sa campagne en moins de 7 années avec ses armées, ne laissant aucun répit à ses adversaires potentiels, d’Aquitaine en Belgique en passant par Alésia et la Bretagne.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire