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« L’écho du champ de bataille » a pour ambition de vous proposer à la lecture et à la réflexion des contributions sur des sujets relatifs à la stratégie, à l’art opératif, à la tactique et plus largement sur l’engagement et l’emploi des armées. Ces brèves, illustrations ou encore problématiques vous seront livrées sous le prisme de l’histoire militaire mais aussi sous celui des théâtres d’opérations d’hier, d’aujourd’hui, voire de demain. Des enseignements de grands chefs militaires de toutes les époques aux analyses polémologiques prospectives en passant par la doctrine ou aux équipements des forces françaises et étrangères. Gageons que vous aurez plaisir à lire ces articles ou à contribuer au débat. Bonne lecture…

jeudi 11 juin 2015

Vietnam : la bataille d'Hamburger Hill - mai 1969

 
Aujourd'hui, votre blog vous propose de nous intéresser à une bataille dans un environnement contre-insurrectionnel. "Hamburger Hill" au Vietnam en 1969 permet de montrer la difficulté pour une armée conventionnelle de s'engager face à un adversaire asymétrique en associant objectifs tactiques et stratégiques dans un contexte médiatique contraint. Un retour d'expérience intéressant donc à analyser.
 
Contexte général :
Les Etats-Unis sont engagés sur le terrain depuis 1965 face au Vietcong et à l'armée nord-vietnamienne.
Début 1968 a eu lieu l’offensive du Têt, victoire militaire américaine, mais qui a accru le ressentiment de la population à propos de l’engagement des Etats-Unis au Viêtnam, de son efficcacité et de ses objetcifs. Les reportages des médias renforcent le doute au sein de la population américaine sur l’issue de cette guerre et le sens qui lui est donnée.
1969 : C'est l'année de la vietnamisation, avant le départ des troupes US, c'est à dire le renforcement et la consolidation de l'armée sud-vietnamienne sensée prendre les opérations à son compte. Il s'agit d'une étape de la guerre de contre-insurrection  correspondant à la re-construction des outils étatiques d'un pays en phase dite de stabilisation.. Les forces américaines sont néanmoins à leur maximum avec près de 543 000 soldats déployés.
Cette affrontement tactique va néanmoins démontrer l'inadéquation des objectifs aux différents niveaux et les faiblesses du déploiement américain face aux insurgés vietnamiens.
 



Déroulement de la bataille :
 
 

Temps 1 : préparation
Le Viêt-Cong choisit son terrain, proche de la frontière : la vallée d'A Shau. Il construit des bunkers par paliers sur Ap Bia, avec des champs de tirs bien préparés. Les installations sont camouflées et ne seront pas détectées par les reconnaissances aériennes.
De leur côté, les Américains préparent l'opération Apache Snow visant à conquérir la vallée, dont le contrôle leur pose de grandes difficultés pour leur liberté d'action. L'opération implique 3 bataillons américains de la 101ème Division Aéroportée et 2 bataillons de l'armée de la République du Vietnam (ARVN). Chaque bataillon, héliporté, se voit assigner une zone. En cas d'accrochage, les autres doivent pouvoir soutenir l'unité attaquée et ce, rapidement, par héliportage en arrière des lignes de l’ennemi pour lui couper toute retraite et le fixer.
En effet, l'armée Nord-Vietnamienne avait pour habitude de harceler les troupes américaines et de décrocher lorsque les renforts arrivaient. Il était rare que l’ennemi s’accroche au terrain.
 
Temps 2 : exécution
Le 10 mai, les unités américaines et ARVN n'ont que quelques contacts avec l'ennemi, une compagnie étant accrochée. Le 11 mai, le bataillon du lieutenant-colonel Honeycutt (3/187°) s’engage et commence à subir des pertes importantes en affrontant l'ennemi en ordre dispersé. La météo est mauvaise : il pleut et le terrain devient très boueux.
 
 

Temps 3 : enlisement et renforcement
Le 13 mai, les Américains s'apercoivent qu'ils ont sous-estimé l'ennemi, que les reconnaissances ont été inefficaces d'autant que les combattants adverses se déplacent la nuit sans utiliser la radio. Un bataillon vient renforcer Honeycutt qui cherche à concentrer les compagnies éparses de son bataillon. Gêné par le terrain boueux et en pente ainsi que par les tireurs d'élite Nord-Vietnamiens, l'ensemble de ces troupes n'arrive finalement à se regrouper que le 19 mai.
 
 

Durant les 6 jours qui suivent, chaque camp déploie des renforts, perdant de nombreux soldats. Pour le dernier assaut qui finit par être victorieux, 5 bataillons américains sont mobilisés sur cette colline.
Du 16 au 20 mai, les journalistes américains affluent de plus en plus pour « couvrir » l’événement et ne peuvent filmer que l'enlisement du combat, les pertes ainsi que les conditions extrêmes de l'engagement. L'objectif leur paraît être faible face à la disproportion des moyens américains engagés.
 
BILAN :
 
US :  70 morts, 372 blessés
1800 hommes impliqués, 10 batteries d’artillerie, 272 sorties AIR,
500t de munitions, 75t de napalm.
Viêt-Cong : au moins 630 morts
Les Américains et ARVN finissent par conquérir la cote 937. Ce fut donc une victoire tactique. Le chef de la 101ème division affirma : « Ma mission était de détruire les forces et les installations ennemies. Nous avons repéré l’ennemi sur la colline 937 et c’est là que nous l’avons combattu ». Et vaincu.
Quelques jours plus tard, la colline a été abandonnée et l'advresaire l'a réinvestie.
Ce combat n'a pas été le plus sanglant pour les Américains au cours de ce conflit. Mais le 19 mai, un journal américain publia un article qui donnait des détails sur les combats et les blessés. Cela créa l'émoi dans la population. Quand le commandement Américain ordonna à la 101ème Division Aéroportée d'abandonner Hamburger Hill, l'opinion publique fut choquée. Le 19 juin, un mois après cette bataille, le président Nixon modifia la stratégie américaine en ordonnant au nouveau commandant sur place de limiter les pertes au maximum. Dans la foulée, près de 60 000 hommes furent ramenés en Amérique pour débuter le désengagement.
Les soldats américains appelèrent cette montagne « Hamburger Hill » afin de mettre une image sur ce site où les soldats furent « hachés ». Cette éprouvante bataille a été immortalisée par un film « Hamburger Hill ».
 
 
Enseignements de la bataille :
 
 
Le brouillard de la guerre :

Le Viêt-Cong était camouflé. Les forces américaines ont mis trois jours pour comprendre qu'elles n’étaient pas face à une petite résistance isolée, mais face à un point d’appui fermement tenu.

Gênés par l’épaisse canopée, les appuis (par air en particulier) n’ont pu être efficaces et ont même causé des pertes fratricides.

Le rôle du chef :

La victoire américaine tient en grande partie à la volonté de son chef, le LCol Honeycutt, chef du bataillon au contact, qui parvint à faire combattre son bataillon pourtant affaibli par les conditions météo, les pertes et les médias défavorables.

De même, la volonté du chef Viêt-Cong a été implacable en dépit des nombreuses pertes.

 
Les médias

La présence des journalistes sur le terrain et l’interprétation des faits à des milliers de kilomètres, aux Etats-Unis, a eu un effet décisif non seulement sur la perception de la bataille mais aussi sur la stratégie américaine au Vietnam.

 
Incohérence tactique/stratégique :

La bataille d'Hamburger Hill, victoire tactique sur l’ennemi, est aussi une défaite stratégique. S’emparer de la colline n’avait aucune importance stratégique. En revanche les pertes humaines subies au cours de la bataille renforcèrent le ressentiment à l’encontre de la guerre du Vietnam. Cet engagement marqua aussi un tournant dans la stratégie américaine au Vietnam, ce qui montre la difficulté de conduire une guerre de contre-insurrection comme la nécessité de définir en amont l'état final recherché à tous les niveaux, politiques, militaires et civils.







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