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« L’écho du champ de bataille » a pour ambition de vous proposer à la lecture et à la réflexion des contributions sur des sujets relatifs à la stratégie, à l’art opératif, à la tactique et plus largement sur l’engagement et l’emploi des armées. Ces brèves, illustrations ou encore problématiques vous seront livrées sous le prisme de l’histoire militaire mais aussi sous celui des théâtres d’opérations d’hier, d’aujourd’hui, voire de demain. Des enseignements de grands chefs militaires de toutes les époques aux analyses polémologiques prospectives en passant par la doctrine ou aux équipements des forces françaises et étrangères. Gageons que vous aurez plaisir à lire ces articles ou à contribuer au débat. Bonne lecture…

dimanche 14 décembre 2014

La bataille d'El Alamein - 1942.


Comme nous le faisons régulièrement sur votre blog, nous vous présentons une bataille et surtout ses enseignements tactiques et opératifs afin de mettre en exergue certains principes ou constantes. Aujourd'hui, il s'agit de la bataille d'El Alamein en 1942. De ces combats, nous verrons que la personnalité du chef, mais aussi les choix en termes de manœuvre et de planification, ont des conséquences importantes sur le terrain.

Contexte général :

En juillet 1942, la poussée des troupes de l’Axe italo-allemandes s’arrête en Egypte devant El Alamein, aux portes d’Alexandrie. Alors qu’Hitler néglige toujours le front d’Afrique du Nord et ce,  malgré les opportunités offertes par Rommel ainsi que ses nombreuses demandes pour obtenir des renforts, le général Montgomery relève le général Ritchie (jugé trop timoré et pas assez énergique) à la tête de la VIIIe Armée britannique pour reprendre l’offensive en octobre. Face aux troupes ennemies hétérogènes (les forces italiennes font l’objet de nombreuses récriminations par la partie allemande) et usées par les précédentes campagnes, les Alliés se renforcent massivement tout en obtenant progressivement la suprématie maritime et aérienne en Méditerranée. Le principal enjeu stratégique ou opératif est bien la conservation du canal de Suez et le contrôle des voies d’approvisionnement énergétiques au Moyen-Orient. Hitler espère que ses forces africaines pourront faire jonction avec celles déployées en URSS et ainsi s’emparer des champs pétrolifères du Caucase. Sur un plan plus tactique, la bataille d’El Alamein a pour objectif la maîtrise de l’axe logistique et des ports qui longent la côte afin de permettre le ravitaillement des nombreuses forces déployées dans des régions désertiques et dénuées de ressources.

 
Déroulement de la bataille :

Le dispositif défensif allemand s’articule autour de 3 lignes défensives entre la mer et la dépression montagneuse dite de Qattara (40 km au sud). Appuyées sur des réseaux d’obstacles très denses, les unités motorisées sont conservées en réserve en arrière de chaque unité légère. Quant aux unités italiennes plus faibles, elles sont insérées, par Rommel et son état-major, entre les unités allemandes afin d’éviter les défections et une rupture brutale du front. En effet, bon nombre de soldats italiens manquent de motivation et les armées de Mussolini sont bien souvent mal équipées.

Montgomery, de son côté, contrairement à ses prédécesseurs, a eu le temps de masser des forces conséquentes avec des moyens mécanisées puissants, de nombreuses pièces d’artillerie et un impressionnant dispositif logistique (plots de ravitaillement, munitions,…). Comme à son habitude, il compense son manque de génie tactique par une planification minutieuse, voire laborieuse, et, somme toute, assez orthodoxe.

 
Phase 1 :

Dans la nuit du 23 au 24 octobre 1942, Montgomery déclenche l’opération Light food, en 2 temps :

 
-D’abord avec une attaques de diversion aux deux extrémités de la ligne défensive adverse : attaque terrestre en force au sud, tentative de débarquement sur les arrières par le nord.

-Puis une attaque en force au centre, dans la zone la plus vallonnée, à travers les principaux champs de mines. Après une première contre-attaque germano-italienne le 24, l’offensive britannique très meurtrière est stoppée le 30 octobre après de faibles gains territoriaux. Le 31, dans la poche réalisée au centre, les Alliés relancent l’effort vers le nord et réalisent une percée qui sera finalement repoussée par une nouvelle contre-attaque allemande. Ces derniers ne peuvent exploiter leur prise d’initiative faute de carburant.


 
Phase 2 :

Le 2 novembre 1942, l’offensive britannique Supercharge concentre encore plus de forces. Massivement préparée par l’aviation et l’artillerie, l’attaque permet enfin la percée au centre du dispositif ennemi, poursuivie vers l’ouest afin de permettre la saisie des voies de communication. Les Allemands contre–attaquent de nouveau  mais cette fois, sans succès en raison des lourdes pertes.

Hitler ordonne à Rommel de se battre pour « la victoire ou la mort ». Bientôt, toutes les réserves mobiles sont engagées tandis que les Britanniques engagent et concentrent leur 2e échelon aux abords de la brèche pour relancer leur action. Mais leur prudence excessive, guidée par les hésitations et le manque d’audace chronique de Montgomery, laisse à Rommel le temps d’organiser sa retraite.

Ainsi, à partir du 3 novembre, les Allemands amorcent un combat retardateur jusqu’en Tunisie. Cette manœuvre conduite avec pragmatisme et discipline leur permet d’éviter l’encerclement et la destruction complète.

 
 
Bilan :

L’offensive frontale des Alliés se traduit par des pertes deux fois supérieures à celles des défenseurs (environ 4 200 morts contre 2 300), mais ils capturent un nombre considérable de prisonniers italo-allemands. De plus, la pénurie logistique des Allemands les conduit à abandonner la majorité de leurs blindés dans leur repli vers la Tunisie.

El-Alamein marque surtout de début d’une inexorable retraite des forces de l’Axe en Afrique du Nord. La domination Alliée en Méditerranée les asphyxiera progressivement, leur supériorité numérique deviendra de plus en plus écrasante. Face aux ordres inflexibles d’Hitler qui ne veut lâcher aucun pouce de terrain, Rommel ne peut que retarder l’échéance inéluctable. Les renforts tant attendus n’arriveront qu’en 1943 pour son successeur mais il sera trop tard et les Allemands ne réussiront qu’à mener que quelques coups d’éclat comme à Kasserine.
 
Enseignements :

L’action des chefs :

La guerre demeure un affrontement des volontés. Aussi, les deux grands chefs se connaissent, s’estiment et se jaugent. La psychologie de l’autre constitue un critère déterminant des décisions de chacun.

Pendant que l’état-major commande l’opération, Rommel se tient en permanence au plus près du contact pour apprécier la situation et galvaniser les troupes

L’exemplarité qu’il peut alors exiger des chefs à tous les échelons, sa proximité avec la situation opérationnelle comme sa réactivité garantissent une forte cohésion et une combativité tenace.  Cette dernière favorise la faculté d’adaptation, les contre-attaques même si le manque de moyens finit par imposer la retraite.


Intérêts opérationnels :

Cette bataille met en exergue le risque comme amplificateur de puissance ou compensateur de rapport de force. Rommel prend d’autant plus de risques qu’il sait que Montgomery n’en prend que rarement. C’est d’ailleurs sa seule solution face à l’écrasante supériorité matérielle des Alliés. Si elle a finalement raison de lui, il aura considérablement retardé l’échéance et pu sauver une grande partie de ses unités, même sans équipement. Les Allemands réussiront, deux ans plus tard, la même manœuvre pour sortir de la poche de Falaise des soldats qui seront rééquipés en Hollande avant d’être lancé, à Arnhem, sur les parachutistes britanniques de l’opération « Market Garden » (elle aussi planifiée par Montgomery).

 
On peut également noter au travers de cette campagne que la guerre dans le désert donne toute sa mesure à la mobilité. Après une longue phase statique, chaque camp cherche à retrouver sa mobilité pour garantir sa liberté d’action. Malgré un dispositif défensif qui semble interdire tout mouvement d’amplitude, les Allemands conservent une grande profondeur qui leur permet de réagir offensivement avec leurs unités blindées. Par ce biais, ils parviennent également à rompre le contact en sûreté. L’optimisation des moyens mobiles leur permet aussi d’économiser leur potentiel cruellement limité. De leur côté, les Alliés utilisent la mobilité, d’abord pour mener des actions de diversion, puis pour concentrer leurs efforts le plus rapidement possible avec un certain effet de surprise sur un point choisi. Les Britanniques soutiennent leur offensive au plus près par des unités blindées qui exploitent aussitôt la percée réalisée dans la profondeur. La suite de la campagne en Afrique du Nord sera l’occasion de manœuvres de débordement, tant offensives que défensives (les Français permettront aux Alliés, par leur large mouvement vers le sud, de contourner la ligne Mareth en Tunisie en 1943.

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