Bienvenue sur l'écho du champ de bataille

« L’écho du champ de bataille » a pour ambition de vous proposer à la lecture et à la réflexion des contributions sur des sujets relatifs à la stratégie, à l’art opératif, à la tactique et plus largement sur l’engagement et l’emploi des armées. Ces brèves, illustrations ou encore problématiques vous seront livrées sous le prisme de l’histoire militaire mais aussi sous celui des théâtres d’opérations d’hier, d’aujourd’hui, voire de demain. Des enseignements de grands chefs militaires de toutes les époques aux analyses polémologiques prospectives en passant par la doctrine ou aux équipements des forces françaises et étrangères. Gageons que vous aurez plaisir à lire ces articles ou à contribuer au débat. Bonne lecture…

mercredi 3 octobre 2012

La tactique : histoire et fondements (1).

 
 
Cet article est le premier d'une série consacrée à la tactique, son histoire, son évolution, son enseignement et ses principes fondateurs. Ces posts n'ont pas pour vocation de donner des recettes toutes faites sur la manoeuvre, les modes d'action mais d'envisager les situations tactiques sous tous les angles, en gardant en tête, comme fil directeur, les principes de la guerre mais aussi les diverses approches possibles de ce qui représente, pour certains un art, pour les autres une science.
J'ai choisi de mener cette réflexion sous le prisme de l'histoire militaire, source d'enseignements et d'éclairages sur le combat interarmes. En effet, comme le disait le colonel Suire : "L'histoire militaire permet d'apprendre à sentir et penser en soldat, tout en dominant la variété des techniques et la rigidité des règlements". Cet officier de cavalerie méconnu, qui a écrit dans les années 1960 sous de nombreux pseudonymes, avait bien compris la nécessité d'enrichir sa culture militaire doctrinale d'un vernis historique. C'est donc fort de cette perspective que j'aborderai, tour à tour, les penseurs tactiques, l'histoire et les cultures tactiques avant d'aborder, dans le détail, la dissection des principes tactico-opératifs retenus par l'armée française.


mardi 25 septembre 2012

Mise à jour des rubriques et nouvelle thématique.

 
Après une série d'articles sur le premier conflit mondial, les enseignements tactiques, les équipements ou les figures illustres de cette guerre, je vous propose une nouvelle thématique et des réflexions sur l'histoire de la formation militaire mais aussi sur l'évolution de la doctrine des armées au cours des âges. Aussi, dans ce cadre, je mets à jour les rubriques "Paroles de chef" et "A lire" pour initier le débat et introduire mon propos. Tout d'abord avec une citation de Gérard Chaliand, spécialiste des questions de stratégie, "Les guerres sont le reflet des sociétés qui les mènent" puis en proposant à la lecture l'ouvrage de François Cochet : "Expérience combattante, former les soldats au feu tome 1" aux éditions Riveneuve. Dans ce livre, l'auteur cherche à mieux cerner les comportements des combattants de différentes armées face à l'environnement hostile du champ de bataille. Il y est question également des formations théoriques des soldats depuis deux siècles comme de la prise en considération de la préparation opérationnelle des troupes d'élite ou conventionnelles. Ce travail remarquable se veut une étude pluridisciplinaire de l'homme et des choix de commandement pour préparer le combat face à divers environnements ou adversaires.
Quant à moi, au cours de mes posts à venir, je vous livrerai une histoire de la tactique et des grands principes de la guerre mais aussi de la logistique et ce, au travers de l'histoire bataille. Bonne lecture...

vendredi 21 septembre 2012

Un site de la première guerre mondiale riche en enseignements défensifs : le fort de la Pompelle.

 
Conformément aux plans du général Séré de Rivières, que nous avons déjà évoqué à l’occasion d’un article sur la poliorcétique, ce fort fut construit en 1883 pour compléter la ceinture fortifiée de Reims. Doté initialement de 6 canons de 155mm (modèle 1877 de Bange), de 4 canons de 138mm, de pièces de flanquement et de mitrailleuses, l’ensemble servi par 277 artilleurs, il fut désarmé avant la première guerre mondiale.

Néanmoins, il est occupé par les Allemands, le 4 septembre 1914, avant d’être reconquis, après la bataille de la Marne, par le 138ème régiment d’infanterie, le 24 septembre, de la même année. Il devient alors la clé de voûte de la défense du secteur de Reims.
Pièce principale d’un dispositif défensif convoité par les forces allemandes, il résistera pendant quatre ans sous l’impulsion d’un chef militaire illustre mais également avec l’appui  de moyens feux originaux ou encore, grâce à la bravoure des brigades spéciales impériales russes déployées sur place en 1916. Ce site est aujourd’hui un remarquable lieu de mémoire pourvu de pièces d’époque rares.

lundi 10 septembre 2012

« Agents de transmissions par excellence dans les situations difficiles » : la colombophilie militaire dans l’histoire.

 
Le 24 juillet 2012, monsieur Decool, député à l’Assemblée nationale, posait une question parlementaire quelque peu originale en interpellant le ministère de la défense sur l’état de son potentiel colombophile et ce, à l’heure où la Chine semblait annoncer la formation de plusieurs centaines de milliers de pigeons voyageurs pour palier une interruption possible des moyens de communication militaires. Interpellé par ce sujet, j’ai ainsi voulu revenir sur l’histoire des pigeons pour comprendre leur rôle dans l’évolution des moyens de transmissions mais aussi, afin de mieux appréhender ce que pourrait être l’usage militaire contemporain de ces oiseaux messagers.
Nous verrons donc, dans les lignes qui suivent que les pigeons voyageurs sont liés depuis longtemps à la guerre mais que l’âge d’or de la colombophilie se situe au XXème siècle. Dès lors, un emploi de ce vecteur aérien animal sur les théâtres d’opération actuels paraît délicat voire anachronique.


jeudi 6 septembre 2012

1914-1918, citation et mémoire.

 
Cette semaine dans votre blog, je reviens sur le premier conflit mondial pour inaugurer une nouvelle série d'articles sur cette "Grande Guerre". Tout d'abord avec cette citation de Clausewitz (rubrique "Paroles de chef" : "La loi suprême et la plus simple de la stratégie consiste à concentrer ses forces") qui aura peut-être influencé les stratèges de l'époque confondant longuement "concentration des efforts" avec "concentration des moyens", lançant des vagues humaines sur des champs de bataille meurtriers et finalement, laissant de côté bon nombre de principes et de fondamentaux de la tactique et ce, tout en innovant dans l'armement ou les techniques de commandement. D'autre part, dans la rubrique "Mémoire et évènements", je vous propose un lien vers le site dédié aux tranchées reconstituées de la Main de Massiges. Dans ce petit village champenois près de Suippes, une association a recréé à l'endroit même des combats les boyaux et abris de la ligne de front avec un étonnant réalisme. Ce lieu de mémoire est ouvert au public gratuitement et permet d'appréhender le quotidien des "poilus" tout en bénéficiant d'un très beau point de vue ainsi que d'un aperçu historique de la bataille qui s'y déroula. Pour l'anecdote, un des passionnés qui travaille sur le site a ainsi découvert, lors des travaux de reconstitution, 3 corps dont celui d'un officier français. Ce dernier a pu être identifié et ses effets personnels encore intacts ont été rendus aux descendants de sa famille. L'histoire militaire a ainsi contribué au "souvenir" dans sa dimension strictement humaine. Bonne lecture.

lundi 3 septembre 2012

La bataille de la Moskova-7 septembre 1812.

 
Contexte :
 
La paix de Tilsit rompue, Napoléon rassemble ses forces avec près de 600 000 hommes et environ 1000 canons et franchit le Niémen le 24 juin 1812 pour envahir la Russie. La Grande Armée composée essentiellement de contingents étrangers ne tarde pas à perdre de nombreux effectifs dans les steppes russes d’autant que les troupes du Tsar, aux ordres de Bagration et de Barclay de Tolly, refusent le combat pour reculer en bon ordre et afin de pratiquer la politique de la « terre brulée ». Les Français échouent à encercler leurs ennemis devant Smolensk et s’enfoncent un peu plus vers Moscou. Le maréchal Koutouzov prend alors le commandement de l’armée russe et s’installe sous les hauteurs de Borodino, début septembre, pour combattre Napoléon.
 

dimanche 2 septembre 2012

Bataille de Borodino : la Russie organise une reconstitution majeure pour le bicentenaire.

 
Aujourd'hui, 2 septembre 2012, la Russie, à l'occasion du bicentenaire de la bataille de Borodino, organise une reconstitution des combats de la Moskova en 1812 (selon la dénomimation française). Succès tactique français en demie-teinte, il est célébré par les Russes comme une victoire stratégique, l'armée du Tsar se retirant en bon ordre devant Napoléon qui atteindra Moscou avant d'entreprendre la terrible retraite sous les assauts du "général hiver". Cette bataille fera également l'objet d'un article et d'enseignements dans un post à venir car elle met en lumière des modes d'action défensifs particuliers avec les "flèches de Bagration" et la "grande redoute" ainsi qu'une utilisation particulière de l'artillerie.
En attendant, pour avoir les détails de cet évènement de mémoire et d'histoire militaire contemporain dans les steppes russes présidé par Vladimir Poutine, je vous invite à lire la description détaillée de la manifestation sur le site spécialisé :  http://artcorusse.org/?p=2924.
Bonne lecture...

mardi 28 août 2012

De la poliorcétique au combat en zone urbaine : évolutions et permanences tactiques (3/3).

 
 
Voici le dernier volet de cette série d’articles consacrée à l’histoire de la poliorcétique, étude ayant bien pour objectif de définir les liens entre l’histoire militaire et les opérations en ZURB contemporaines.
 
 5- Le XXe siècle, transition et nouvelles approches.
 
A la fin du XIXème siècle, les villes sont de nouveau convoitées car elles sont désormais au cœur de la révolution industrielle et elles structurent, de fait, le nouveau maillage créé par le chemin de fer. La guerre de sécession (siège de Petersberg, raids de cavalerie de Sherman), la guerre russo-japonaise (1904-05) montrent clairement que les opérations sont conduites au travers du contrôle des voies de communication et donc des centres urbains les plus importants (logistique, télégraphe, ports, train). Les militaires décident alors de protéger  ces infrastructures à partir de la périphérie des villes et ce, en construisant des ceintures défensives fortifiées comme celles du général (et ingénieur du génie) Séré de Rivières. En effet, ce dernier prend en compte les progrès de l’artillerie (obus chargés avec un explosif puissant, la mélinite) et surtout, la découverte du béton. Il lance la construction de places fortes modernes le long de la frontière afin de canaliser, de freiner l’ennemi ou même de gagner du temps pour mobiliser les troupes avant de contre-attaquer. Ces forts, qui protègent les zones urbaines de l’est de la France, peuvent s’appuyer mutuellement et sont lourdement armés, à l’image des forteresses de Douaumont ou de Vaux autour de Verdun. On y découvre les premiers cuirassements (tourelles de mitrailleuses, observatoires) en fonte puis en acier. Au cours de la première guerre mondiale, ces fortins seront donc l’enjeu de durs combats autour des réseaux de tranchées de la guerre de position, préservant bon nombre de cités d’une destruction totale. De fait, quand les villes sont visées par les bombardements, c’est principalement dans le but d’atteindre les centres logistiques (exemple de la ville de Laon et de sa gare de triage) ou encore, pour terroriser les populations civiles (canons géants allemands tirant sur Paris par exemple). Progressivement, même si les combats se concentrent en rase campagne, la poliorcétique devient combat en zone urbaine, n’épargnant ni les infrastructures, ni les habitants et ni les soldats. Le second conflit mondial illustrera tragiquement cette évolution au travers d’exemples célèbres comme Varsovie, Sébastopol, Stalingrad, Aix La Chapelle ou Berlin. A chaque fois, des troupes appuyées par des moyens blindés, par des unités du génie, des appuis feux (avions et artillerie), vont se battre dans des cités en ruine ou dévastées, au milieu de non-combattants livrés à la violence des protagonistes. Seule la libération de Paris en 1944 fera figure d’exception (et de retour en arrière), les Allemands ayant choisi de défendre la capitale française en périphérie ou à partir de points d’appui (jardins des Tuilerie et du Luxembourg) pendant que le général Leclerc lance la 2ème DB directement sur le centre de gravité ennemi (à savoir la saisie du PC adverse et la capture du général Von Choltitz à l’hôtel Meurice).

vendredi 24 août 2012

Petit intermède historique : la libération de Paris en 1944.

 
Avant de vous livrer, ce WE, le troisième et dernier volet de mon étude historique sur la poliorcétique, il me paraît opportun de faire un détour par le rappel d'une bataille majeure livrée en zone urbaine pendant la seconde guerre mondiale. Il s'agit du 68ème anniversaire de la libération de Paris en août 1944 qui aura lieu demain. Dans votre rubrique "Mémoire et évènements" vous trouverez donc un lien vers le site officiel de la mairie de Paris dédié à cette manifestation.
En outre, à l'occasion de ce fait d'armes de la 2ème DB du général Leclerc, et afin de m'écarter quelque peu des images bien connues des chars entrant dans Paris pour appuyer les FFI, je souhaite évoquer l'action de l'artillerie dans cette opération. En effet, les unités du 40ème régiment d'artillerie nord-africain seront engagées, dès le 23 août 1944, en appui des groupements tactiques Langlade et Massu au plus près des unités de mêlée. Le 24 août, les batteries tirent 1200 obus à vue pour neutraliser les pièces anti-chars allemandes aux abords du pont de Sèvres ou du sud parisien, le 25, elles pénètrent dans la ville, participent aux combats de rue et détruisent des armes anti-aériennes et des canons ennemis dans le bois de Vincennes. Après avoir rendu les honneurs au général De Gaulle sur le parvis de Notre Dame le 26 août, les artilleurs sont déployés au nord de la capitale face aux contre-attaques allemandes dans la région du Bourget qu'ils contribuent à arrêter lors de violents combats. Les appuis feux auront donc joué un rôle non négligeable dans la saisie de Paris par les FFL même si cet effet tactique de l'artillerie demeure discret dans les descriptions historiques ou les récits militaires.
 
Source image : site Libération de Paris-gilles primout.fr

vendredi 17 août 2012

De la poliorcétique au combat en zone urbaine : évolutions et permanences tactiques (2/3).




Nous continuons notre voyage historique de la poliorcétique avant de retenir, dans une troisième et dernière partie à venir, les enseignements contemporains de cet ancêtre du combat en zone urbaine.


3-De la Renaissance à Vauban : progrès et innovations.


Le canon et ses projectiles de plus en plus puissants transforment la poliorcétique dès la Renaissance, imposant aux forteresses d’innover dans leur conception et leurs équipements (angles des remparts, épaisseur des murs). L’armée qui  assiège, elle aussi, se voit contrainte d’inventer de nouveaux modes d’action pour surprendre le défenseur et s’approcher des villes fortifiées. Ainsi, au XVIème  siècle, dans le but de contrer le feu, la mitraille et les boulets, les militaires font appel aux mathématiciens italiens et à la géométrie pour créer des bastions en étoiles (les remparts ne sont plus linéaires) dont les 5 côtés permettent un feu croisé contre l’assaillant et créent des trajectoires délicates pour les artilleurs adverses. De telles places fortes sont donc bâties sur ce modèle à Turin entre 1564 et 1568 ou encore à Anvers entre 1567 et 1569. D’ailleurs, en mai 1534, pour mettre fin aux pillages des hommes de Barberousse, Charles Quint s’empare facilement de la ville de Tunis et du fort de la Goulette (pourtant défendu par 600 canons) car les murailles de la cité n’ont que peu évoluées depuis le Moyen-Age.
Néanmoins, c’est bien encore la tactique et les choix du chef, son analyse de la situation ou sa faculté à saisir l’opportunité qui font la différence au cours des sièges. Ainsi, à Pavie en 1525, alors que les Français avaient repoussé une tentative de sortie de la garnison impériale grâce à leurs nombreuses pièces d’artillerie, le Roi de France décide de charger, sans l’appui de ses bombardes, les Lansquenets qui reculent vers l’abri de la ville avant de s’échouer dans les marécages qui bordent la Cité, de tomber sous le feu des arquebusiers adverses, pour être finalement capturé.