L'armée russe est aujourd'hui de nouveau engagée sur divers théâtres d'opérations, en Syrie, dans le Caucase ou en Ukraine. Elle y démontre de grandes qualités tactiques face à des adversaires irréguliers, conventionnels ou tout simplement hybrides. Si ce réveil militaire demeure le fruit d'un effort de professionnalisation et d'équipement engagé par Moscou depuis plusieurs années, la doctrine actuelle, considérée par les armées occidentales comme нелинейная война ou guerre non linéaire, elle reste bien l'héritière de la pensée opérationnelle soviétique des années 1950. En effet, en relisant la "Doctrine militaire soviétique" de Raymond L. Garthoff (éditions Plon- 1956), il est finalement assez aisé de retrouver les grands principes qui animent encore, de nos jours, l'engagement russe avec notamment la recherche de la surprise, de la fulgurance et l'emploi de l'artillerie au plus près des unités blindées afin de favoriser, in fine, la manœuvre.
Bienvenue sur l'écho du champ de bataille
« L’écho du champ de bataille » a pour ambition de vous proposer à la lecture et à la réflexion des contributions sur des sujets relatifs à la stratégie, à l’art opératif, à la tactique et plus largement sur l’engagement et l’emploi des armées. Ces brèves, illustrations ou encore problématiques vous seront livrées sous le prisme de l’histoire militaire mais aussi sous celui des théâtres d’opérations d’hier, d’aujourd’hui, voire de demain. Des enseignements de grands chefs militaires de toutes les époques aux analyses polémologiques prospectives en passant par la doctrine ou aux équipements des forces françaises et étrangères. Gageons que vous aurez plaisir à lire ces articles ou à contribuer au débat. Bonne lecture…
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dimanche 5 février 2017
dimanche 16 octobre 2016
Les premières semaines de la guerre de Corée : les enseignements tactiques d'un conflit conventionnel. (1/3)
Cette semaine, nous revenons sur la guerre de Corée, ce conflit qui, pourtant limité à la péninsule coréenne, a bien failli entraîner une confrontation mondiale. Ces combats conventionnels des premiers mois de conflit furent un condensé d'art opératif et d'emploi tactico-opérationnel de toutes les fonctions interarmes et interarmées. Très riche en enseignement comme nous l'avions déjà vu dans un précédent article http://lechoduchampdebataille.blogspot.fr/2013/04/coree-en-guerre-enseignements-tactico.html, je vous propose cette fois de revenir sur cette guerre au travers d'un autre prisme, celui du journaliste Robert Leckie qui y consacra un ouvrage en 1962. La particularité de cet auteur que certains d'entre vous connaissent peut-être c'est qu'il a servi dans le corps des Marines pendant les opérations menées dans le Pacifique entre 1941 et 1945. Il est d'ailleurs un des héros de la série télévisée "Band of brothers Pacific produite par Steven Spielberg et Tom Hanks. Ainsi, son regard de vétéran nous apporte une autre vision de ces batailles conventionnelles qui rappellent que la guerre se gagne d'abord au sol, au niveau des petites unités, même quand l'un des belligérants croit disposer d'une certaine supériorité technique ou tactique.
dimanche 19 juin 2016
L'artillerie des stratagèmes, le livre du colonel Fort.
Les éditions Economica viennent de publier l'ouvrage du colonel Fort, artilleur et chef de la direction des études et de la prospective de l'Ecole d'artillerie. Son "'artillerie des stratagèmes" est un livre passionnant et très bien documenté, riche en références historiques comme en exemples contemporains, mais aussi écrit avec un style fluide qui facilite la compréhension des arguments techniques. On regrettera juste l'absence d'annexes permettant, avec quelques cartes et extraits, d'illustrer certains témoignages évoqués dans le propos. L'auteur démontre, s'il en était besoin, le rôle majeur que peut jouer l'artillerie dans les manœuvres de déception. En effet, "l'association entre l'artillerie et la déception peut apparaître paradoxale. Pourtant, avec l'avènement des trajectoires indirectes il y a un siècle, l'emploi de l'artillerie à des fins de déception s'est vu ouvrir de multiples perspectives (...) Or, se priver de la puissance de feux c'est se priver d'un avantage majeur. L'artillerie est l'arme de la surprise et l'emploi de la déception artillerie dans le récent conflit afghan a montré sa pertinence."
samedi 11 juin 2016
Le maréchal de Turenne, ce grand capitaine vu par le général Weygand.
En 1929, le général Weygand contribue à une série d'ouvrages consacrés aux "Grands cœurs" (éditions Flammarion) de l'histoire de France et ce, en rédigeant un livre sur le maréchal de Turenne. Pour l'auteur, il s'agit d'un chef militaire remarquable qui fait référence pour les officiers du moment, en particulier Foch par qui, si on en croit la dédicace, le général Weygand a appréhendé l'influence majeure de ce contemporain de Louis XIII et de Louis XIV.
Dans cet ouvrage, on peut d'emblée noter que le jeune héritier de la maison de Bouillon va rentrer au service du royaume de France dès son plus jeune âge et gravir les échelons au rythme de ses campagnes, d'abord à la tête d'une compagnie, puis d'un régiment avant de se voir confier une armée. Il deviendra un grand tacticien et participera aux grandes évolutions dans la conduite de la guerre au cours de cette période charnière de l'histoire militaire.
mardi 26 janvier 2016
Pour une imagination opérationnelle fondée sur l’histoire, les principes et non sur l’illusion technologique. (2/2)
Suite de notre article consacré à l'imagination opérationnelle.
Il
a donc fallu dépoussiérer certains enseignements du passé et réintroduire des
doctrines comme la contre-insurrection en relisant des écrivains militaires (parfois
diabolisés) de la génération des Trinquier ou Galula mais aussi en rédigeant
des manuels de contre-rébellion (FT13). La seconde guerre d’Irak et
l’intervention en Afghanistan ont initié à l’OTAN ainsi que chez nos alliés américains
et britanniques de grandes évolutions doctrinales et de nombreux documents
attestant des diverses expérimentations opérationnelles opérées par des
généraux comme Petraus et Mac Chrystal.
Même
au niveau politique, certains échecs ou revers ont incité les Etats à faire
leur propre introspection quant à la capacité de leurs soldats à faire face aux
conflits dits asymétriques. Ce fut le cas en Israël avec la commission Winograd
en 2007, en France après l’embuscade d’Uzbeen en 2008 ou la projection d’un Surge américain en Irak.
Le
retour d’expérience (RETEX) et la recherche opérationnelle ont fait de
nouvelles émules avec la multiplication de publications et autres colloques revenant
sur les combats du Vietnam dans les années 1970, les troupes auxiliaires des
montagnes d’Indochine, la pensée de Lyautey ou l’intervention britannique en
Malaisie de 1952 à 1954… Un vocabulaire ignoré pendant la Guerre froide a refait
surface avec les notions de villages stratégiques, de guerre psychologique,
d’assistance militaire opérationnelle, de forces partenaires, d’approche
globale et de règles d’engagement.
Forts
de ces constats, les corps expéditionnaires ont fait évoluer leur entraînement,
leurs structures et leurs engagements afin d’être les plus efficaces possibles
sur une période de plus en plus contrainte et avec des agendas politiques pas
toujours synchronisés avec le tempo de conflits s’inscrivant toujours sur le
temps long.
samedi 23 janvier 2016
Pour une imagination opérationnelle fondée sur l’histoire, les principes et non sur l’illusion technologique (1/2).
Aujourd’hui,
les forces conventionnelles occidentales rencontrent des difficultés face aux
adversaires asymétriques ou hybrides, ceux-là même qui sont combattus sur les divers
théâtres d’opérations du monde entier, des groupes armés terroristes du Sahel
aux milices séparatistes russes en Ukraine, en passant par Daech, le Hezbollah libanais
ou les Shebabs somaliens. Pourtant,
les armements, les moyens d’acquisition, les systèmes dits de commandement et
de contrôle (C2) n’ont jamais été aussi performants et ce, à l’aune des progrès
scientifiques extraordinaires de ces dernières années, que l’on pense aux
drones MALE[1], aux
missiles de haute précision, aux hélicoptères d’attaque et même à l’équipement
individuel du combattant.
Malgré
cette supériorité technologique, mais également les succès non négligeables
comme le déploiement Serval en 2013
au Mali, une analyse plus objective montre que nous demeurons lisibles et
prévisibles pour nos ennemis potentiels, ces derniers s’étant adaptés à notre
pensée tactique, à notre cadre d’engagement légal comme éthique, à nos modes
d’action et à notre confiance aveugle dans l’efficacité, sur le long terme, de
certaines fonctions opérationnelles comme les frappes aériennes, l’emploi des
forces spéciales ou les dogmes de la contre-insurrection.
Force
est donc de constater que nous ne surprenons plus, que nous ne sidérons plus le
camp adverse qui garde souvent un temps d’avance, anticipant nos réactions et
guettant nos vulnérabilités. Certes nous cherchons, à juste titre, à revenir
aux fondamentaux, à employer avec efficacité le combat interarmes et
interarmées mais il manque ce « zest »
de non conformisme qui doit permettre de transcender l’orthodoxie tactique,
opérative, voire stratégique, et de garder l’ascendant. Bref nous avons rompu
un équilibre ancien pour privilégier la guerre comme une science au détriment
de l’art.
dimanche 17 janvier 2016
Plaidoyer pour un enseignement de l’histoire militaire à la jeunesse, à l’école comme dans le cadre d’un service civique rénové.
Alors que la France vient de traverser une année 2015 tragique avec des
attentats sur son sol et
alors que les armées, en particulier les forces terrestres, interviennent de
nouveau massivement sur le territoire national en appui des forces de sécurité
intérieures, un élan patriotique semble émerger, notamment chez les plus
jeunes. Ces derniers, souvent les premières victimes de la propagande
islamiste, demeurent néanmoins une des clés pour lutter contre le terrorisme et
pour contribuer à moyen, comme à long terme, au continuum Défense -Sécurité
français.
En
outre, la jeunesse est un des ressorts du lien armée-Nation qui doit être
entretenu à l’heure où les militaires sont engagés dans une défense de l’avant,
loin de nos frontières, au Levant, en Afrique ou dans le Golfe Persique, mais
aussi, dans le quotidien de chaque Français au travers de l’opération
Sentinelle.
Aussi,
l’histoire militaire, souvent le parent pauvre des sciences historiques, a
longtemps été mise de côté dans l’enseignement comme dans la mise en
perspective de la conflictualité en dehors des écoles militaires. Pourtant, de
nombreuses structures comme la DMPA (et en son sein le SHD par exemple),
l’ECPAD mais également les musées, des publications, des médias (télévision,
blogs, radio) offrent aujourd’hui l’opportunité de renouer le lien entre la
jeunesse et son histoire militaire, riche d’enseignements, de valeurs et de
sens face à toute forme d’adversité.
dimanche 27 décembre 2015
Bonne fêtes et heureuse année 2016 avec "L'écho du champ de bataille".
En cette fin d'année et deuxième semaine de fêtes, je vous présente mes meilleurs vœux pour cette année 2016 qui va s'ouvrir, qu'elle soit riche en réflexions historiques, lectures et autres expositions et ce, afin que vous puissiez découvrir, ou redécouvrir, des auteurs, des combats oubliés, des évènements militaires majeurs comme des études doctrinales d'hier et d'aujourd'hui.
Pour "l'écho du champ de bataille", ce fut une année riche et toujours aussi passionnante avec, en particulier, la parution de mon ouvrage sur l'engagement de la France dans la bande sahélo-saharienne, témoignage de mon expérience à la tête du groupement tactique Koufra en 2014. Vous avez ainsi été nombreux à m'accompagner dans cette aventure lors de la sortie du livre : "L'armée française au Tchad et au Niger, à Madama sur les traces de Leclerc" aux éditions Nuvis, le 6 novembre dernier, http://lechoduchampdebataille.blogspot.fr/2015/11/mon-ouvrage-vient-de-paraitre-larmee.html.
Nous atteignons aujourd'hui plus de 380 000 vues sur le blog avec, en moyenne de 250 à 600 connexions quotidiennes. Je vous remercie donc pour votre fidélité et l'intérêt porté à mes posts. Cette année 2015 a d'ailleurs vu certains articles
dimanche 20 décembre 2015
Les cabinets insolites du Musée de l'armée : l'histoire en miniature.
En ce début de période de fêtes, les Invalides proposent de nouvelles salles permanentes dans les cabinets insolites et inédits du musée de l'Armée. Il s'agit de mettre en scène la grande histoire au travers de celle des miniatures mais aussi des instruments de musique qui ont rythmé le pas des soldats tout au long des époques, des carnyx antiques aux cuivres modernes en passant par les chapeaux chinois.
samedi 12 septembre 2015
De la philosophie essentielle du commandement militaire...
Le colonel de gendarmerie Philippe Cholous a publié un essai aux éditions Lavauzelle, "De la philosophie essentielle du commandement militaire", avec l'ambition de montrer la spécificité du commandement et ce, en particulier, face aux nouveaux dogmes du management qui cherchent à s'imposer comme symboles de modernité. Son propos s'appuie sur son expérience de soldat mais également sur de nombreuses références philosophiques. On est parfois désarçonné par son style et l'enchaînement des idées mais, force est de constater, que son pari est réussi tant l'exception du chef militaire et du métier de soldat finit par émerger.
Dès les premières pages, l'auteur définit le chef en empruntant la phrase du célèbre stratégiste disparu Hervé Coutau-Bégarie "à savoir celui qui doit être capable de raisonner et de décider, au lieu de se contenter d'exécuter."
lundi 9 février 2015
L'écho du champ de bataille écrit aussi pour la revue "Guerres et batailles".
Depuis la rentrée 2014, un nouveau bimestriel est apparu dans les kiosques pour traiter de l'histoire militaire et de "l'histoire bataille". Il a pour vocation de rendre accessibles aux curieux comme aux profanes ces deux domaines en proposant des articles documentés et largement illustrés avec de l'iconographie et des cartes. Il s'agit du magazine "Guerres et batailles" aux éditions Oracom. Le dernier numéro, sorti le 5 février 2015, traite principalement d'Alexandre le Grand et j'y publie un article qui cherche à savoir si le stratège antique peut être défini comme le premier grand capitaine et ce, tant dans les domaines de la tactique, de l'opératique que de la stratégie.
Merci encore à cette revue de m'avoir fait confiance et de donner une nouvelle tribune à "L'écho du champ de bataille" dans la presse écrite spécialisée. N'hésitez pas à vous procurez ce numéro et à me faire part de vos commentaires, remarques ou précisions sur cette thématique ou cette publication en général.
Bonne lecture...
mercredi 1 janvier 2014
Best of 2013 de l'Echo du champ de bataille et bonne année 2014.
En ce début 2014, je vous souhaite à tous, chers lecteurs, une bonne et heureuse année. Pour ma part, j'espère que cette belle aventure bloggeuse continuera avec de nouvelles thématiques, de riches réflexions, des articles qui continueront à vous intéresser et peut-être, un ouvrage de votre serviteur...
L'année 2013 a été pour votre blog pleine d'opportunités avec, en particulier, le plaisir de rejoindre "L'Alliance géostratégique" avec la grande qualité de ses participants, le foisonnement d'idée du blog ou de ses cafés et la bonne humeur de ses membres. Merci encore à eux de m'avoir accueilli dans leur cercle de réflexion et d'échange.
"L'Echo du champ de bataille" a lui aussi son best of avec des posts publiés en 2013 que vous avez plébiscités et qui ont atteint entre 300 et 800 vues la semaine de leur parution. Voici donc les problématiques ou thématiques qui ne vous ont pas laissé indifférents.
Tout d'abord les enseignements tactiques de Rommel "Renard du désert" à un moment où les théâtres d'opération du moment se positionnent dans des régions désertiques ou sahéliennes. On trouve également les articles en lien avec Verdun ou le général Percin à quelques mois du centenaire du premier conflit mondial, les questions traitant de la contre-insurrection dans l'histoire ou des stratégies "Anti-accès ". Les penseurs militaires atypiques comme Camille Rougeron suscitent votre curiosité à l'instar des principes tactiques comme logistiques ou des enseignements de campagnes plus ou moins connues, de la Corée au Mexique en passant par la Pologne, la Syrie antique ou médiévale et Singapour.
La seconde guerre mondiale, avec notre rubrique "De l'autre côté du miroir" ou les écrits du général américain Marshall, l'épopée de Leclerc demeure une période qui vous passionne même si ce qui touche à l'Antiquité, les procédés comme la surprise ou la doctrine d'emploi de l'ex-armée rouge rencontre toujours autant de succès.
Autant donc d'études très larges avec une belle perspective historique, celle-là même qui permet de dégager des leçons, des points de convergence dans l'art de la guerre dans des époques parfois éloignées ou fort différentes par l'emploi des équipements ou des hommes.
En attendant de vous revoir sur votre blog pour une nouvelle année d'histoire militaire. A bientôt et bonne lecture...
mercredi 2 octobre 2013
Hommage à Tom Clancy : entre art de la guerre et uchronie.
Nous apprenons ce soir le décès de Tom Clancy, le célèbre auteur de romans militaires dont les titres ont presque tous été des "Best sellers" internationaux. Cet hommage, pour celui qui a suspendu l'attention de passionnés d'affaires militaires, de stratégie et de géopolitique depuis la fin des années 1980, devait être évoqué sur votre blog par un de ses lecteurs les plus assidus. En effet, comment ne pas saluer l'imagination de cet écrivain dont la connaissance historique, politique et technique de l'art de la guerre lui a permis d'écrire ce qu'on pourrait qualifier des plus belles uchronies en lien avec les armées. Sa précision, son sens de la mise en scène, le réalisme de ses descriptions de matériels comme de modes d'action terrestres, aériens ou navals sont incontestables et expliquent, en partie, son succès. Certes, certains ont mis en avant sa vision prémonitoire après le 11 septembre, voire l'ont accusé d'avoir susciter certaines formes de terrorisme, mais son œuvre demeure surtout une belle encyclopédie de l'armement illustrée par les aventures de son héros, Jack Ryan, qui débutera sa carrière fictive comme analyste à la CIA pour finir président des Etats-Unis.
Ses histoires verront se succéder le combat sous la mer avec "A la poursuite d'octobre Rouge", la troisième guerre mondiale avec "Tempête Rouge", la lutte contre les narco-trafiquants dans "Danger immédiat", le terrorisme avec "La somme de toutes les peurs" ou l'émergence de la puissance asiatique dans "Sur ordre".
A chaque fois, les unités, les lieux ou les problématiques géopolitiques répondent à l'actualité pour la mettre en perspective et proposer au lecteur des scénarii alternatifs. Merci donc à Tom Clancy d'avoir partagé avec nous ces milliers de pages haletantes...
jeudi 21 mars 2013
Principe tactique : l'économie des moyens.
Comme
annoncé précédemment, nous reprenons notre réflexion sur les principes
tactiques tels que définis en France et ce, en détaillant leur définition,
leurs procédés particuliers ainsi que leurs applications concrètes sur le champ
de bataille. Après avoir développé la liberté d’action, clef de voûte de l’art
de la guerre, nous évoquons aujourd’hui l’économie des moyens.
Elle
est décrite dans les documents doctrinaux comme la répartition et l’application
judicieuses des moyens en vue d’obtenir le meilleur rapport capacités/effets
pour atteindre le but assigné. Il s’agit donc de mettre en œuvre, de déployer
les unités ou encore les équipements, au bon endroit, et surtout au bon moment.
Ce choix, dans l’espace et dans le temps, demeure crucial quand on construit,
en tactique, le mode d’action adapté à l’ennemi, au terrain, aux circonstances,
à l’environnement (technique, humain, physique voire immatériel) comme aux
contraintes politico-militaires (règles d’engagement, coalitions,…). Aussi,
verrons-nous que ce principe doit reposer sur la modularité, l’articulation des
forces mais également sur un soutien adapté.
mercredi 27 février 2013
Général Percin, 1914 : quand un militaire expliquait la guerre à ses contemporains.
Alors
qu’actuellement, de nombreuses voix réclament un renouveau du lien armée-Nation,
arguant du fait que les Français se désintéressent des questions militaires et
que le service national a été suspendu, l’étude des écrits du passé nous révèle,
une fois de plus, qu’il a toujours fallu expliciter la guerre aux citoyens.
Ainsi, en relisant un ouvrage du général Percin rédigé en 1914, à la veille du
premier conflit mondial, intitulé « Le
combat » (voir la rubrique « A
lire »), on découvre un officier soucieux de rendre abordable au monde
civil les fondements et spécificités du métier des armes, les raisons de l’investissement
de l’Etat dans son armée, tout comme les procédés tactiques du moment.
mardi 3 juillet 2012
Mise à jour des rubriques : livre et exposition pour ce début d'été.
Cette semaine, dans la rubrique "Mémoire et évènements" de votre blog, je vous invite, en ce début de vacances estivales, à profiter de l'exposition du "musée militaire de Lyon et de la région Rhône Alpes". celui-ci a pour vocation de proposer un parcours pédagogique autour de 2000 ans d'histoire militaire avec près de 90 tableaux et diaporamas, de l'antiquité romaine aux opérations contemporaines en passant par les campagnes napoléonniennes, la seconde guerre mondiale ou le conflit indochinois. Un lien vous permet d'accéder au site de ce musée pour en connaître les détails et les modalités pratiques de visite.
Dans un autre registre, et pour compléter notre débat lancé la semaine dernière sur l'apport des sciences dans la guerre, la rubrique "A lire" se fait l'écho de cette réflexion avec un ouvrage écrit en 2006 par John Lynn : "De la guerre : une histoire du combat, des origines à nos jours". L'auteur, universitaire américain, préside dans son pays la commission d'histoire militaire et cherche à prendre le contre-pied de certains spécialistes de la stratégie comme John Keegan. En effet, il considère que l'art de la guerre est intimement lié à la culture du peuple qui l'applique, au niveau technologique de la société concernée et non pas au génie des chefs voire aux principes que l'on voudrait universels. Un point de vue intéressant et propre à animer la polémique ou l'analyse. Bonne lecture...
mercredi 27 juin 2012
Mathématiques et guerre : réflexions et débat.
En février 2012 a eu lieu un colloque « des mathématiciens et des guerres : histoires et confrontations » dont le thème m’a interpellé tant je considère la conduite de la guerre, ou ses avatars (la stratégie, la pensée opérative et la tactique), comme un art porté par la connaissance de l’histoire militaire qui, comme le disait le colonel Suire « permet d’apprendre à sentir et penser en soldat, tout en dominant la variété des techniques et la rigidité des règlements ».
L’instinct du chef, sa faculté à prendre des risques, à saisir les opportunités, à pressentir la réaction ennemie, à initier le génie qui surprendra l’adversaire sont les instruments de cette figure artistique qui, selon les mots du général Yakovleff, donne une certaine beauté aux batailles et aux manœuvres des grands capitaines.
Autant de raisons donc pour réfuter la vision scientifique voire géométrique de la guerre défendue par Jomini (et même Napoléon, nous le verrons) ou, plus récemment, par des officiers américains comme Warden (avec sa construction circulaire du ciblage), mais aussi l’amiral Henry Eccles dont la « military economics » rationalise la logistique opérationnelle.
vendredi 30 mars 2012
Lecture et citation, mise à jour des rubriques...
Je vous propose, dans le cadre de nos réflexions sur l'histoire militaire et sur l'évolution de la conduite de la guerre au travers des époques, une lecture et une citation. Tout d'abord, quelques mots du général von Seeckt qui rappelle l'impérieuse nécessité de faire évoluer l'outil de combat aux évolutions du temps, qu'elles soient techniques ou doctrinales : « L'erreur de tous ceux qui organisent des armées est de prendre l'instant momentané pour un état permanent. Ils oublient que pour rester vivante une armée doit se modeler sur la courbe des évènements.» Il mettra d'ailleurs en pratique cette idée en créant le Truppenamt (structure de commandement cachée de la Reichwehr pendant l'entre deux guerres) pour modeler l'armée allemande et préparer sa remontée en puissance tout en maintenant l'instruction des cadres.
Concernant l'ouvrage, il s'agit d'un des écrits du colonel Suire, officier de l'arme blindée cavalerie dans les années 1960 qui écrira sous de nombreux pseudonymes comme Leprince ou Muraise. Il défend l'apprentissage de l'histoire militaire pour mieux appréhender les grandes phases de la tactique, le rôle du chef ou encore l'emploi des armes, de l'Antiquité à l'aire de la bombe nucléaire. Parfois technique, il apporte néanmoins les points de repères essentiels et un support de références "d'histoire bataille" propres à permettre la compréhension des fondamentaux et des principes de l'art de la guerre. Bonne lecture...
dimanche 11 mars 2012
Guerre en Géorgie de 2008 : que révèlent la défaite tactique géorgienne et la victoire opérative russe ?
A l’heure où le débat historico-militaire fait la part belle aux conflits asymétriques et insurrectionnels, occultant ainsi la guerre conventionnelle (voir la reléguant à un passé révolu), j’ai souhaité revenir sur les combats de 2008 en Géorgie qui ont vu s’affronter deux armées blindées-mécanisées aux équipements quasi-similaires, aux racines doctrinales identiques mais qui ont choisi de s’engager selon des niveaux de manœuvre différents.
En effet, le déroulement de cette campagne offre des enseignements intéressants sur les opérations interarmes et interarmées contemporaines, engageant des unités allant de la valeur du bataillon (ou groupement tactique) à celui de la brigade, tout en suscitant la réflexion sur des principes et des fondements majeurs de l’art de la guerre. De la même façon, les deux protagonistes envisagent leurs actions selon des modalités bien différentes, choix qui révèlent leurs atouts mais surtout leurs faiblesses structurelles ou opérationnelles, particularités qu’il s’agira de comprendre et d’identifier. En revanche, notre propos ne sera pas de revenir sur l’ensemble de la crise et ses implications géopolitiques.
Aussi, dans ce cadre, nous aborderons, dans un premier temps, le rapport de forces et la planification au début du conflit, avant de détailler les 12 premiers jours de l’engagement et enfin, de conclure sur le bilan et des réflexions tactico-opératives de portée plus larges.
dimanche 12 février 2012
La prise de risque dans la guerre, aujourd’hui : illusion ou réalité ?
Dans ses carnets de campagne, Rommel témoignait déjà en 1940 que "l’expérience prouve que les décisions les plus audacieuses assurent les plus belles promesses de victoire. Mais il y a lieu de bien distinguer l’audace stratégique ou tactique du coup de dés". Il soulignait ainsi une vertu majeure de l’art de la guerre, à savoir la prise de risque, mesurée certes, mais toujours source de liberté d’action pour le chef qui sait l’utiliser.
Pourtant, les sociétés contemporaines semblent se complaire dans le confort rassurant du principe de précaution et les effets, à court terme, du tempo médiatique. De la même façon, le politique cherche à gérer (voire à maîtriser) les risques, interprétés non pas comme des opportunités à saisir mais comme le résultat du hasard, comme des contraintes, des sources d’incertitude dans un monde où la diffusion de l’information et le temps de la décision s’accélèrent.
Dès lors, il apparaît que le soldat en opération, aujourd’hui plus qu’hier, bras armé d’un Etat parfois contraint à des décisions stratégiques timorées, se prive ainsi d’un outil tactique ou opératif propre à affaiblir au combat son ennemi.
Fort de ce constat, nous examinerons tout d’abord comment le risque a été appréhendé dans l’histoire militaire avant d’étudier son application dans le contexte actuel des engagements puis de réfléchir à la meilleure manière de réconcilier ce procédé avec les contraintes politico-militaires contemporaines.
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