Bienvenue sur l'écho du champ de bataille

« L’écho du champ de bataille » a pour ambition de vous proposer à la lecture et à la réflexion des contributions sur des sujets relatifs à la stratégie, à l’art opératif, à la tactique et plus largement sur l’engagement et l’emploi des armées. Ces brèves, illustrations ou encore problématiques vous seront livrées sous le prisme de l’histoire militaire mais aussi sous celui des théâtres d’opérations d’hier, d’aujourd’hui, voire de demain. Des enseignements de grands chefs militaires de toutes les époques aux analyses polémologiques prospectives en passant par la doctrine ou aux équipements des forces françaises et étrangères. Gageons que vous aurez plaisir à lire ces articles ou à contribuer au débat. Bonne lecture…

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samedi 4 juin 2016

Faire la guerre autrement demain : illusion ou prospective ?

Dans les armées occidentales comme chez certains spécialistes de la polémologie, des réflexions sont aujourd'hui menées pour répondre aux évolutions de la tactique dans la décennie à venir. En effet, la robotisation, l'infovalorisation, la notion de "soldat augmenté", les nouveaux équipements, les évolutions capacitaires sur terre, dans les airs et sur mer paraissent ouvrir de nouvelles perspectives pour faire la guerre autrement et vaincre les adversaires potentiels de demain. Pourtant, ces progrès techniques peuvent-ils vraiment se substituer à la tactique et surtout aux principes de la guerre, à leurs corollaires et à leurs procédés. Sont-ils des  multiplicateurs opérationnels, sorte de boîte à outils, ou se suffisent-ils à eux-mêmes ? Enfin, pourront-ils être efficaces face aux nouvelles formes d'ennemi ?
Une rapide étude semble démontrer qu'il ne faut pas compter sur la supériorité technologique pour remporter la victoire mais qu'il est impératif de confronter les modes d'action envisagés avec les fondements de l'art de la guerre.

mercredi 29 juillet 2015

A lire : Opération Serval, notes de guerre du général Barrera


Début 2013, la France s’engage au Mali pour neutraliser les djihadistes qui menacent Bamako et surtout les populations civile de cette région du Monde. Le général Barrera prend le commandement de l’échelon tactique aéroterrestre de cette opération. Il nous livre aux éditions du Seuil son témoignage de chef et d’homme sur cette épopée moderne dans un milieu désertique extrême et face à un adversaire asymétrique d’un nouveau type, fanatisé, drogué mais qui demeure redoutable dans les actions de combat, les embuscades ou les attaques suicide.
Cet ouvrage souligne les qualités techniques, tactiques et humaines du soldat français héritier d’une longue histoire militaire, fier de son engagement pour la Nation et endurant face à l’adversité, au milieu du désert, dans des combats au corps à corps au milieu de rochers brûlants.
Le livre met parfaitement en évidence, avec des termes accessibles à tous les profanes des questions de défense, l’importance de la préparation opérationnelle, de l’entraînement, des réflexes acquis en métropole pour s’adapter à la menace, à la mission et aux circonstances.

vendredi 25 mai 2012

« Guerre éclair » : du mythe d’hier à la nécessité d’aujourd’hui.


De tout temps la « guerre éclair », ce choc brutal et décisif, cette percée foudroyante, l’encerclement ou la destruction totale de l’adversaire, a été le rêve, voire le cauchemar, des grands chefs militaires soucieux de préserver la vie de leurs hommes ou, plus cyniquement, de faire valoir leur génie tactique aussi bien que leur vision stratégique.
De la même façon, les sociétés, comme les Etats, ont toujours exercé une pression plus ou moins forte sur leurs soldats afin que les conflits soient les plus courts possibles tant ils sont meurtriers mais également perturbateurs des équilibres politico-économiques du moment.
Néanmoins, malgré la mise en œuvre d’idées et de concepts novateurs, souvent appuyés par des innovations techniques ou tactiques, aucune armée n’a su théoriser parfaitement une « guerre éclair » de nature à contraindre l’ennemi, à coup sûr, en une ou un petit nombre de batailles décisives.
Pourtant, les évolutions des contextes d’engagement ainsi que les menaces contemporaines nous portent à considérer l’impérieuse nécessité de développer une doctrine permettant d’atteindre les conditions d’une victoire rapide, légitime, durable et acceptable par l’opinion publique comme au regard des contraintes juridiques défendues par les instances internationales.
Dans ce cadre, nous verrons dans un premier temps quelles ont été les tentatives d’élaboration d’une formule de « guerre éclair » dans l’histoire militaire (de l’Antiquité à la « Blitzkrieg allemande ») puis nous nous attacherons à développer les études de ce concept par l’école opérative soviétique des années 1970-1980 avant de proposer quelques pistes de réflexion pour une application aux guerres de demain.



lundi 30 janvier 2012

Pérennité des modes d’action tactiques chinois.


Bien que peu d’informations ouvertes soient disponibles quant à l’évolution des modes d’action tactiques ou opératifs d’une armée chinoise en pleine modernisation, on observe qu’elle change ses équipements, réduit ses effectifs, transforme ses unités d’infanterie à pieds en troupes mécanisées plus mobiles et mieux protégées, tout en inscrivant son entraînement dans une dynamique interarmées (appuis air-sol, actions amphibies ou aéroportées,…)[1].
Parallèlement à ces efforts, Pékin développe des stratégies « anti-accès »[2] qui semblent  négliger le déploiement de forces conventionnelles dans le cadre d’un engagement plus classique au sol. Dès lors, il paraît utile de s’interroger sur la manière dont l’APL[3] envisage de conduire, au XXIe siècle, sa manœuvre tactique, notamment terrestre, d’autant que la dernière guerre conduite face au Vietnam, en 1979[4], a révélé de lourdes carences dans ce domaine. Néanmoins, après une petite étude historique, il nous semble qu’il y ait bien une pérennité dans la conduite tactique des opérations par les militaires chinois, ce qui nous laisse penser, qu’aujourd’hui encore, l’armée de terre chinoise continue à mener sa préparation opérationnelle selon des principes constants.
Pour s’en convaincre, j’ai choisi de faire référence à 4 temps de l’histoire militaire chinoise grâce aux écrits de chercheurs ou d’acteurs en liens avec ces périodes (j’exclus néanmoins les principes particuliers de la guerre révolutionnaire menée par Mao Tse Tung et bien décrits par le général Beaufre[5]) : l’histoire chinoise ancienne[6], les combats menés par Tchang Kai-Tchek[7], les RETEX[8] du bataillon français de l’ONU en Corée de 1950 à 1953[9] et les études américaines pendant la guerre froide.[10]
Nous verrons donc que la tactique chinoise s’appuie sur des principes anciens et qu’elle se construit particulièrement au rythme de l’offensive et de trois procédés fondamentaux.


samedi 24 décembre 2011

A l’ère de la technique et des conflits asymétriques, reste-t-il de la place pour la manœuvre ? (2/2)


Voici la seconde partie de cet article consacré à la manoeuvre dans un contexte de contre-insurrection. Bonne lecture.

La manœuvre utilisant la technologie pour gagner les conflits d’aujourd’hui.

La manœuvre « a souvent été l’apanage des grands chefs »[1] car elle exige une bonne maîtrise des principes de liberté d’action et de concentration des forces. A ce titre, le renseignement est incontournable afin de déterminer les faiblesses de l’adversaire puis pour définir les points décisifs à atteindre. C’est dans ce cadre que la technologie peut aujourd’hui, dans les conflits de type asymétriques être un instrument privilégié de la manœuvre. Grâce aux systèmes de surveillance du champ de bataille (guerre électronique, drones, recherche humaine,…) le stratège peut ainsi surprendre l’ennemi qui se regroupe ou cherche à mettre en place sa logistique. En effet, le combattant irrégulier ne peut s’affranchir des lignes de communication pour préparer ses opérations, il a besoin d’approvisionnements (armes, explosifs), coordonne son action entre groupes isolés avec des moyens de transmissions et cherche à trouver des zones refuge pour se réorganiser. Dès lors, la manœuvre doit permettre de déstabiliser les insurgés dans ces phases qui sont, pour lui, des moments de vulnérabilité. Pour cela, les armées modernes doivent disposer de capacités et d’unités réactives comme des hélicoptères, des drones armés, des forces spéciales capables de prendre l’initiative à chaque phase du processus stratégique, de la conception à la victoire en passant par la rupture stratégique et à l’exploitation. La manœuvre doit imposer à l’adversaire le lieu de l’affrontement afin d’éviter que les guérillas ne réussissent à s’insérer au sein des populations, créant ainsi le risque, pour les armées conventionnelles, de perdre toute liberté d’action ou de commettre des dommages collatéraux. Malheureusement, pour permettre de redonner à la manœuvre tout son sens, les militaires occidentaux doivent dépasser des freins doctrinaux ou sociologiques.

mercredi 23 novembre 2011

Nouvelle citation dans votre rubrique "Paroles de chef".

Cette semaine, nous vous proposons une nouvelle citation du général Clément-Grandcourt. Cet officier est une figure du siècle dernier et un écrivain militaire prolixe. Officier brillant, il servira en Algérie entre 1908 et 1910, s'illustrera pendant la première guerre mondiale comme chef de corps avant d'être chef d'état-major de la 6ème armée sur le front. Réclamé par le maréchal Mannerheim pour commander les forces internationales dans le conflit qui oppose la Finlande à l'URSS, il n'hésitera pas à s'engager comme deuxième classe en 1940 après avoir été retiré du service pour raison de santé au moment de la mobilisation générale. Provocateur, imaginatif, foisonnant d'idées, il écrira, entre 1912 et 1934, une quinzaine d'ouvrages ou d'articles sur la tactique, les opérations et l'histoire militaire comme "La tactique au Levant" ou "La guerre de forteresse sur le front russe". Dans ses écrits, il fait montre d'idées très en avance sur son temps comme celles concernant l'emploi des blindés. Pour lui, et comme en atteste la citation proposée, l'imagination est au coeur de l'art de la guerre et du rôle du chef militaire. Il est vrai que de nombreuses victoires sont à mettre au crédit de dispositifs, de manoeuvres ou de bottes secrètes innovantes. Avant de vous proposer quelques illustrations dans ce domaine, j'attends donc vos commentaires et vos suggestions extraites de l'histoire militaire.

jeudi 17 novembre 2011

Facteur temps: peut-on parler de "Chrono tactique" ?

Paul Virilio, il y a quelques années, avait déjà initié le concept de « chrono stratégie » repris depuis dans nombre d’articles, analyses et autres colloques afin de souligner la nécessité d’imaginer, de concevoir, de conduire et d’évaluer les réponses aux défis stratégiques dans un cycle du temps de plus en plus court et contraint.
Les opérations contemporaines, à l’image des dernières frappes en Libye ou des actions menées en Afghanistan, sont elles aussi soumises à cette course contre la montre avec l’adversaire potentiel, sur la scène médiatique bien évidemment, mais aussi sur le terrain où chaque belligérant veut garder l’initiative, cherchant un chemin plus rapide, se déplaçant de nuit à l’abri de certains capteurs. Au niveau tactique et opératif, la notion clef de temps a toujours été prise en compte d’abord de façon empirique, quand Napoléon multipliait le nombre d’estafettes pour porter un même message ou s’appuyait sur l’état-major de Berthier pour transformer rapidement les plans de l’empereur en ordres écrits, puis de manière plus technique, avec des « Battle rythm »[1] ou des « synchromatrix»[2]. Dès lors, pourquoi parler de chrono tactique ?
En fait, il semble bien qu’aujourd’hui, plus qu’hier encore, le facteur temps ne soit plus un simple outil de l’élaboration des ordres ou de la planification mais un principe tactique à part entière. En effet, si de nombreux exemples historiques montrent l’importance du temps pour s’assurer de la victoire, les progrès technologiques et l’évolution des adversaires potentiels imposent à la manœuvre d’être pensée et conduite dans un cycle temps rénové.