C'est avec plaisir que je vous présente aujourd'hui l'ouvrage de Frédéric Chamaud et de Pierre Santoni, tous deux officiers expérimentés et dont la carrière les a amenés à commander ou à organiser le centre d'entraînement aux actions en zone urbaine-94ème RI (CENZUB) de l'armée de Terre à Sissonne. Ce livre, "L'ultime champ de bataille, combattre et vaincre en ville" aux éditions Pierre de Taillac, est inédit dans son approche liée au milieu urbain et confiné car il s'appuie sur de riches exemples historiques ou contemporains permettant ainsi d'aborder toutes les problématiques de l'emploi tactique des unités confrontées à des combats en ville mais aussi dans les "zones vertes" ou les grottes afghanes, dans la jungle ou au cœur de régions agricoles compartimentées.
Bienvenue sur l'écho du champ de bataille
« L’écho du champ de bataille » a pour ambition de vous proposer à la lecture et à la réflexion des contributions sur des sujets relatifs à la stratégie, à l’art opératif, à la tactique et plus largement sur l’engagement et l’emploi des armées. Ces brèves, illustrations ou encore problématiques vous seront livrées sous le prisme de l’histoire militaire mais aussi sous celui des théâtres d’opérations d’hier, d’aujourd’hui, voire de demain. Des enseignements de grands chefs militaires de toutes les époques aux analyses polémologiques prospectives en passant par la doctrine ou aux équipements des forces françaises et étrangères. Gageons que vous aurez plaisir à lire ces articles ou à contribuer au débat. Bonne lecture…
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dimanche 15 mai 2016
jeudi 8 octobre 2015
Relecture de "La guerre moderne" de Roger Trinquier.
Alors que l’on voit aujourd'hui les forces
terrestres davantage impliquées sur le territoire national et, sur les théâtres
d’opérations, au moment où on observe un adversaire asymétrique de plus en plus important,
la relecture de « La guerre moderne » de Roger Trinquier remet en
perspective les opérations de contre-insurrection et l'action militaire dans les villes. Cette analyse des années 1960, très imprégnée des guerres coloniales en Indochine et en Afrique du Nord, garde, en grande partie, toute sa justesse et sa pertinence pour les situations conflictuelles contemporaines.
La préface de François Géré rappelle également les fondements qui doivent irriguer le lecteur dans son approche de l'ouvrage tout en rappelant d'abord l'affirmation de l'irrégularité comme caractère dominant de la guerre et ce, avec un ennemi qui considère que "tout est permis" en dépit des conventions, des règles et des normes propres à nos sociétés.
La préface de François Géré rappelle également les fondements qui doivent irriguer le lecteur dans son approche de l'ouvrage tout en rappelant d'abord l'affirmation de l'irrégularité comme caractère dominant de la guerre et ce, avec un ennemi qui considère que "tout est permis" en dépit des conventions, des règles et des normes propres à nos sociétés.
mercredi 9 juillet 2014
Le camp Saint-Sébastien : quand l'entraînement assure le succès des campagnes.
En 2012, alors que débutent des travaux pour une nouvelle station d'épuration dans l'ouest parisien, l'INRAP met au jour, à quelques lieux de Saint-Germain en Laye, les vestiges d'un camp du XVIIème siècle dont les fossés sont parfaitement conservés.
Il s'avère rapidement qu'il s'agit, non pas d'un ouvrage défensif, mais d'un site d'entraînement près d'Achêres nommé, dans les archives, camp Saint-Sébastien. Il démontre la volonté du roi, Louis XIV, de former, d'aguerrir et d'entraîner son armée avant les difficiles campagnes de son époque, particulièrement celles qui seront rythmées par de longs sièges.
Cet épisode, replacé dans une perspective historique et contemporaine, met en exergue la nécessité, pour des unités militaires, d'entretenir leurs savoir-faire pour la guerre mais aussi de se préparer à "une guerre" spécifique à un moment, un terrain, un milieu voire à une tactique bien déterminée.
lundi 12 août 2013
Armée Rouge : combat en zone urbaine.
Pour ce dernier article de l’été
(nous y reviendrons à la rentrée) consacré à l’armée Rouge, j’évoquerai la
vision tactique du combat en zone urbaine telle qu’elle était perçue par les
militaires soviétiques. Ces derniers considèrent, de manière surprenante, que
la conquête par la force des villes ou des concentrations de peuplement n’est
envisagée qu’en dernière extrémité et ne doit se faire que sur un rythme
soutenu afin de ne pas ralentir la progression.
Nous verrons donc que la
réflexion interarmes est certes déjà aboutie pour l’époque mais que les modes
d’action demeurent, pour ce milieu complexe, simplistes et linéaires, tout en
marquant un héritage fort vis-à-vis de l’expérience issue du dernier conflit
mondial.
Après avoir énoncé les
généralités de la vision soviétique de la guerre « en zone urbanisée » (pour utiliser le terme employé dans les
écrits militaires), nous détaillerons la doctrine générale avant de développer certains
procédés de combat à l’échelon tactique.
samedi 6 juillet 2013
Défense militaire de Paris : perspective historique.
Aujourd’hui
encore, la défense (ou la conquête) des zones urbaines et, en particulier,
celle des grandes agglomérations, demeure une préoccupation des militaires engagés
dans des villes de plus en plus nombreuses et aux échelles démesurées. Ces
dernières années d’ailleurs, que l’on évoque Sarajevo, Mogadiscio, Grozny,
Kaboul, Bagdad ou Falloudjah, la guerre en ZURB a ouvert de nombreux débats
doctrinaux ainsi que des évolutions techniques importantes. Plus loin dans le
passé, certaines cités ont été le centre de gravité de batailles ou de conflits
conventionnels, voire asymétriques, et ce, au travers d’exemples célèbres comme
Troie, Carthage, Orléans, La Rochelle, Madrid, Stalingrad et Berlin.
Aussi,
était-il intéressant d’analyser les choix tactiques opérés au cours des âges
pour défendre une ville majeure face à des adversaires aux modes d’action
différenciés. Paris et son histoire tourmentée apparaît alors comme une
illustration concrète de cette recherche d’un système défensif efficient. Par
conséquent, nous verrons que cette défense s’est fondée sur la topographie des
lieux mais aussi sur la volonté de freiner ou d’arrêter l’ennemi potentiel au
plus loin des premières habitations, avec des effectifs parfois réduits et des
armements limités. Nous observerons également que nombre de projets militaires
ne seront jamais achevés au bénéfice de déploiements de circonstance.
dimanche 25 novembre 2012
Spécificité du soutien médical dans le combat en zone urbaine.
Avant de poursuivre notre étude sur les développements de la tactique au cours de l'histoire, ses principes, ses applications concrètes et ses évolutions, je saisis l'occasion de partager une lecture sur le soutien médical au profit des combattants engagés en ZURB (zone urbaine). Voici donc une synthèse d'un article paru dans le dernier numéro de "Médecine et armées" (tome 40, n°4 octobre 2012) qui a soulevé mon intérêt et ma curiosité.
mardi 28 août 2012
De la poliorcétique au combat en zone urbaine : évolutions et permanences tactiques (3/3).
Voici
le dernier volet de cette série d’articles consacrée à l’histoire de la
poliorcétique, étude ayant bien pour objectif de définir les liens entre l’histoire
militaire et les opérations en ZURB contemporaines.
A
la fin du XIXème siècle, les villes sont de nouveau convoitées car
elles sont désormais au cœur de la révolution industrielle et elles structurent,
de fait, le nouveau maillage créé par le chemin de fer. La guerre de sécession
(siège de Petersberg, raids de cavalerie de Sherman), la guerre russo-japonaise
(1904-05) montrent clairement que les opérations sont conduites au travers du contrôle
des voies de communication et donc des centres urbains les plus importants
(logistique, télégraphe, ports, train). Les militaires décident alors de
protéger ces infrastructures à partir de
la périphérie des villes et ce, en construisant des ceintures défensives
fortifiées comme celles du général (et ingénieur du génie) Séré de Rivières. En
effet, ce dernier prend en compte les progrès de l’artillerie (obus chargés
avec un explosif puissant, la mélinite) et surtout, la découverte du béton. Il
lance la construction de places fortes modernes le long de la frontière afin de
canaliser, de freiner l’ennemi ou même de gagner du temps pour mobiliser les
troupes avant de contre-attaquer. Ces forts, qui protègent les zones urbaines
de l’est de la France, peuvent s’appuyer mutuellement et sont lourdement armés,
à l’image des forteresses de Douaumont ou de Vaux autour de Verdun. On y
découvre les premiers cuirassements (tourelles de mitrailleuses, observatoires)
en fonte puis en acier. Au cours de la première guerre mondiale, ces fortins
seront donc l’enjeu de durs combats autour des réseaux de tranchées de la
guerre de position, préservant bon nombre de cités d’une destruction totale. De
fait, quand les villes sont visées par les bombardements, c’est principalement
dans le but d’atteindre les centres logistiques (exemple de la ville de Laon et
de sa gare de triage) ou encore, pour terroriser les populations civiles (canons
géants allemands tirant sur Paris par exemple). Progressivement, même si les
combats se concentrent en rase campagne, la poliorcétique devient combat en
zone urbaine, n’épargnant ni les infrastructures, ni les habitants et ni les soldats.
Le second conflit mondial illustrera tragiquement cette évolution au travers
d’exemples célèbres comme Varsovie, Sébastopol, Stalingrad, Aix La Chapelle ou
Berlin. A chaque fois, des troupes appuyées par des moyens blindés, par des
unités du génie, des appuis feux (avions et artillerie), vont se battre dans
des cités en ruine ou dévastées, au milieu de non-combattants livrés à la
violence des protagonistes. Seule la libération de Paris en 1944 fera figure
d’exception (et de retour en arrière), les Allemands ayant choisi de défendre
la capitale française en périphérie ou à partir de points d’appui (jardins des
Tuilerie et du Luxembourg) pendant que le général Leclerc lance la 2ème
DB directement sur le centre de gravité ennemi (à savoir la saisie du PC
adverse et la capture du général Von Choltitz à l’hôtel Meurice).
vendredi 24 août 2012
Petit intermède historique : la libération de Paris en 1944.
Avant de vous livrer, ce WE, le troisième et dernier volet de mon étude historique sur la poliorcétique, il me paraît opportun de faire un détour par le rappel d'une bataille majeure livrée en zone urbaine pendant la seconde guerre mondiale. Il s'agit du 68ème anniversaire de la libération de Paris en août 1944 qui aura lieu demain. Dans votre rubrique "Mémoire et évènements" vous trouverez donc un lien vers le site officiel de la mairie de Paris dédié à cette manifestation.
En outre, à l'occasion de ce fait d'armes de la 2ème DB du général Leclerc, et afin de m'écarter quelque peu des images bien connues des chars entrant dans Paris pour appuyer les FFI, je souhaite évoquer l'action de l'artillerie dans cette opération. En effet, les unités du 40ème régiment d'artillerie nord-africain seront engagées, dès le 23 août 1944, en appui des groupements tactiques Langlade et Massu au plus près des unités de mêlée. Le 24 août, les batteries tirent 1200 obus à vue pour neutraliser les pièces anti-chars allemandes aux abords du pont de Sèvres ou du sud parisien, le 25, elles pénètrent dans la ville, participent aux combats de rue et détruisent des armes anti-aériennes et des canons ennemis dans le bois de Vincennes. Après avoir rendu les honneurs au général De Gaulle sur le parvis de Notre Dame le 26 août, les artilleurs sont déployés au nord de la capitale face aux contre-attaques allemandes dans la région du Bourget qu'ils contribuent à arrêter lors de violents combats. Les appuis feux auront donc joué un rôle non négligeable dans la saisie de Paris par les FFL même si cet effet tactique de l'artillerie demeure discret dans les descriptions historiques ou les récits militaires.
Source image : site Libération de Paris-gilles primout.fr
vendredi 17 août 2012
De la poliorcétique au combat en zone urbaine : évolutions et permanences tactiques (2/3).
Nous continuons notre voyage historique
de la poliorcétique avant de retenir, dans une troisième et dernière partie à
venir, les enseignements contemporains de cet ancêtre du combat en zone
urbaine.
3-De la Renaissance à Vauban : progrès et innovations.
Le canon et ses projectiles de
plus en plus puissants transforment la poliorcétique dès la Renaissance,
imposant aux forteresses d’innover dans leur conception et leurs équipements
(angles des remparts, épaisseur des murs). L’armée qui assiège, elle aussi, se voit contrainte d’inventer
de nouveaux modes d’action pour surprendre le défenseur et s’approcher des villes
fortifiées. Ainsi, au XVIème siècle,
dans le but de contrer le feu, la mitraille et les boulets, les militaires font
appel aux mathématiciens italiens et à la géométrie pour créer des bastions en
étoiles (les remparts ne sont plus linéaires) dont les 5 côtés permettent un
feu croisé contre l’assaillant et créent des trajectoires délicates pour les
artilleurs adverses. De telles places fortes sont donc bâties sur ce modèle à
Turin entre 1564 et 1568 ou encore à Anvers entre 1567 et 1569. D’ailleurs, en
mai 1534, pour mettre fin aux pillages des hommes de Barberousse, Charles Quint
s’empare facilement de la ville de Tunis et du fort de la Goulette (pourtant
défendu par 600 canons) car les murailles de la cité n’ont que peu évoluées
depuis le Moyen-Age.
Néanmoins, c’est bien encore la tactique et les choix du chef, son analyse de la situation ou sa faculté à saisir l’opportunité qui font la différence au cours des sièges. Ainsi, à Pavie en 1525, alors que les Français avaient repoussé une tentative de sortie de la garnison impériale grâce à leurs nombreuses pièces d’artillerie, le Roi de France décide de charger, sans l’appui de ses bombardes, les Lansquenets qui reculent vers l’abri de la ville avant de s’échouer dans les marécages qui bordent la Cité, de tomber sous le feu des arquebusiers adverses, pour être finalement capturé.
Néanmoins, c’est bien encore la tactique et les choix du chef, son analyse de la situation ou sa faculté à saisir l’opportunité qui font la différence au cours des sièges. Ainsi, à Pavie en 1525, alors que les Français avaient repoussé une tentative de sortie de la garnison impériale grâce à leurs nombreuses pièces d’artillerie, le Roi de France décide de charger, sans l’appui de ses bombardes, les Lansquenets qui reculent vers l’abri de la ville avant de s’échouer dans les marécages qui bordent la Cité, de tomber sous le feu des arquebusiers adverses, pour être finalement capturé.
lundi 13 août 2012
De la poliorcétique au combat en zone urbaine : évolutions et permanences tactiques (1/3).
Dans
la continuité des articles publiés précédemment sur la guerre en zone urbaine
(ZURB), il me semble essentiel de revenir sur l’héritage de la poliorcétique
dans les engagements contemporains au sein des villes et de leur environnement
cloisonné ou complexe. Pour cela, un retour en arrière historique mais aussi
l’étude de l’évolution des modes d’action, des équipements comme celle des
grands penseurs de cette problématique tactique devraient permettre de dégager
ce qui rapproche l’art du siège ancien au combat en ZURB tel qu'il s’est
présenté sur des théâtres d’opérations plus récents, de Stalingrad à Falloudjah
en passant par Beyrouth ou Grozny.
Cette
étude, en trois parties, permettra de montrer que, face au milieu que
constituent les zones habitées, protégées ou non par une enceinte, une forteresse
ou un dispositif défensif valorisé, le fantassin seul ne peut venir à bout de
l’assaillant ou du défenseur sans
l’appui de machines de guerre, d’appui feux, de sapeurs, d’armements
spécifiques mais également, d’une logistique comme d’une organisation propre à
ce type de combat.
mardi 7 août 2012
1900 à Pékin : quand un corps expéditionnaire international tient le quartier des légations.
Le siège des légations diplomatiques à Pékin par les
milices des boxeurs et l’armée impériale du 20 juin au 14 août 1900 est un
remarquable exemple de dispositif défensif en zone urbaine (ZURB) et de combat
dans ce milieu cloisonné. En effet, les 461 soldats des 8 nations disposant de
troupes sur place, appuyés par une poignée de volontaires civils, vont tenir
tête pendant près de 55 jours à des milliers de fanatiques et de combattants
réguliers chinois. Aussi, verrons-nous au travers de cet exemple historique que
le nombre n’est pas forcément le centre de gravité de celui qui défend une
ville mais que la coordination interarmes, la force morale, la logistique et le
commandement sont décisifs. Dès lors, il ne s’agit pas ici de refaire la
chronologie des évènements mais de les utiliser pour illustrer un certain
nombre d’enseignements propres à l’engagement en ZURB.
mercredi 1 août 2012
Nouvelle thématique : le combat en zone urbaine.
Afin d'introduire de nouvelles réflexions et articles sur le combat en zone urbaine, je vous propose la mise à jour de vos rubriques "A lire" et "Paroles de chef". Tout d'abord avec un ouvrage d'Alexander Werth : "La Russie en guerre : de Stalingrad à Berlin". L'auteur, grand reporter d'origine russe, fut en effet le premier occidental à pénétrer en URSS en plein conflit. Il apporte un regard complémentaire à celui de l'historien et témoigne de la manière dont furent préparées, conduites, réfléchies les grandes opérations de l'Armée Rouge entre 1943 et 1945 face à un adversaire allemand opiniâtre, en particulier dans le milieu complexe que constituent les cités ravagées par la bataille. En outre, je cite le général Carnot qui connaît bien la guerre de siège et rappelle que la tactique et la force morale sont deux éléments majeurs du combat en ZURB (zone urbaine) : "Une ville forte n'est à proprement parler qu'une grande batterie : si
cette batterie est sans canons, ou si ces canons sont sans hommes pour les
servir, ou si ces hommes sont sans substances, il ne restera plus qu'une
position heureuse qui appartiendra au premier occupant".
C'est dans ce cadre que j'aborderai avec vous, dans les jours à venir, la guerre des Boxers au début du siècle dernier, en Chine, avec un focus sur ce que l'on a appelé les "55 jours de Pékin" puis je tenterai de réaliser un historique commenté de la poliorcétique et ce, pour en dégager les évolutions majeures et les constantes à l'heure où les théâtres d'opérations modernes s'articulent autour de grandes cités. Bonne lecture.
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