Bienvenue sur l'écho du champ de bataille

« L’écho du champ de bataille » a pour ambition de vous proposer à la lecture et à la réflexion des contributions sur des sujets relatifs à la stratégie, à l’art opératif, à la tactique et plus largement sur l’engagement et l’emploi des armées. Ces brèves, illustrations ou encore problématiques vous seront livrées sous le prisme de l’histoire militaire mais aussi sous celui des théâtres d’opérations d’hier, d’aujourd’hui, voire de demain. Des enseignements de grands chefs militaires de toutes les époques aux analyses polémologiques prospectives en passant par la doctrine ou aux équipements des forces françaises et étrangères. Gageons que vous aurez plaisir à lire ces articles ou à contribuer au débat. Bonne lecture…

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lundi 9 janvier 2017

Quand un adversaire hybride met en échec une puissance militaire.


Les conflits contemporains mettent en lumière des adversaires de plus en plus hybrides qui, par leurs stratégies « non linéaires » pour reprendre un terme russe, ou au travers de modes d’action tactiques spécifiques, mettent en échec de nombreuses armées conventionnelles. Mais ce phénomène, dans une perspective historique plus large, n’est pas nouveau, notamment si on revient sur certains théâtres d’opérations de la fin du XXème  siècle. Une bataille de la guerre du Vietnam, autour de la base de Khe Sanh en 1968, nous en donne un exemple frappant. En effet, lors de cette série de confrontations, les forces nord-vietnamiennes vont parvenir à assiéger pendant 77 jours une base américaine de plus de 6000 hommes, tout en imposant à leur adversaire une véritable manœuvre opérative d’envergure ainsi que des surprises tactiques, voire stratégiques et ce, comme nous le verrons à propos du camp de Lang Vei.

jeudi 7 juillet 2016

Forces terrestres britanniques en Irak : le rapport Chilcot.


Sir Chilcot, parlementaire de sa gracieuse majesté, a enfin rendu hier son rapport d'enquête sur l'intervention britannique en Irak en 2003, aux côtés des Etats-Unis. Très critique sur les choix stratégiques des dirigeants nationaux du moment, ce rapport très long, disponible sur le site http://www.iraqinquiry.org.uk/, met, en avant, au milieu des nombreuses auditions et autres dossiers déclassifiés, de riches enseignements tactico-opérationnels. Aussi, notre propos ne sera pas de rentrer dans les diverses polémiques ou de commenter les décisions politiques et internationales prises par les responsables de Grande Bretagne, en charge des affaires de leur pays à l'époque, mais uniquement de mettre en relief le retour d'expérience militaire concernant les opérations conduites au sol.

vendredi 23 octobre 2015

Artillerie et instruction militaire opérationnelle : le renouveau.


 
Les théâtres d’opérations contemporains soulignent la nécessité de mettre en œuvre des missions d’assistance militaire opérationnelle (c’est-à-dire l’aide technique et l’expertise auprès d’armées étrangères) rénovées et en adéquation avec le besoin dans les conflits du moment. En outre, ces déploiements interviennent, dans un contexte multinational voire international en Coalition (Irak), auprès de partenaires régionaux (Afrique) ou à proximité d’autres armées (Syrie et Russie).
Ainsi, les principaux acteurs observés engagent, aux côtés de leurs équipes de « conseillers », des capacités nationales de feux indirects. Complémentaires de l’appui air-sol et des hélicoptères, ces moyens issus de l’artillerie, déployés en permanence, participent à la sécurité et à la liberté d’action de détachements (de conseil ou de mentoring pour utiliser le terme anglo-saxon) souvent légers et parfois isolés.

jeudi 8 octobre 2015

Relecture de "La guerre moderne" de Roger Trinquier.


Alors que l’on voit aujourd'hui les forces terrestres davantage impliquées sur le territoire national et, sur les théâtres d’opérations, au moment où on observe un adversaire asymétrique de plus en plus important, la relecture de « La guerre moderne » de Roger Trinquier remet en perspective les opérations de contre-insurrection et l'action militaire dans les villes. Cette analyse des années 1960, très imprégnée des guerres coloniales en Indochine et en Afrique du Nord, garde, en grande partie, toute sa justesse et sa pertinence pour les situations conflictuelles contemporaines.
La préface de François Géré rappelle également les fondements qui doivent irriguer le lecteur dans son approche de l'ouvrage tout en rappelant d'abord l'affirmation de l'irrégularité comme caractère dominant de la guerre et ce,  avec un ennemi qui considère que "tout est permis" en dépit des conventions, des règles et des normes propres à nos sociétés.

mercredi 29 juillet 2015

A lire : Opération Serval, notes de guerre du général Barrera


Début 2013, la France s’engage au Mali pour neutraliser les djihadistes qui menacent Bamako et surtout les populations civile de cette région du Monde. Le général Barrera prend le commandement de l’échelon tactique aéroterrestre de cette opération. Il nous livre aux éditions du Seuil son témoignage de chef et d’homme sur cette épopée moderne dans un milieu désertique extrême et face à un adversaire asymétrique d’un nouveau type, fanatisé, drogué mais qui demeure redoutable dans les actions de combat, les embuscades ou les attaques suicide.
Cet ouvrage souligne les qualités techniques, tactiques et humaines du soldat français héritier d’une longue histoire militaire, fier de son engagement pour la Nation et endurant face à l’adversité, au milieu du désert, dans des combats au corps à corps au milieu de rochers brûlants.
Le livre met parfaitement en évidence, avec des termes accessibles à tous les profanes des questions de défense, l’importance de la préparation opérationnelle, de l’entraînement, des réflexes acquis en métropole pour s’adapter à la menace, à la mission et aux circonstances.

mardi 17 mars 2015

Et si Napoléon avait combattu Daech ? Etude uchronique.

 

Sur votre blog nous rappelons souvent que l’histoire militaire peut parfois nous apporter des enseignements ou des clés de compréhension au sujet des campagnes contemporaines. Certes, il est probable, qu’avec le temps, certains modes d’action ou constructions opérationnelles soient devenues anachroniques du fait des progrès techniques, de l’évolution de la menace ou des limites éthiques. Néanmoins, certains penseurs et praticiens peuvent garder toute leur pertinence dans la manière de conduire une guerre aujourd’hui. Aussi, en s’appuyant sur le remarquable livre de Bruno Colson : « Napoléon, de la guerre »,  ouvrage apocryphe sensé formaliser la pensée militaire de l’Empereur au travers de divers documents, nous nous proposons de réfléchir à ce qu’aurait pu être les choix de Napoléon pour faire face, en Irak et en Syrie, à Daech. Ce groupe est aujourd’hui défini comme étant un ennemi hybride, associant des équipements et des actions conventionnelles à des attaques de type asymétriques (guérilla, terrorisme) mais disposant d’une structure organisée et d’un matériel moderne et performant. L’Empereur a eu des expériences proches de la situation actelle  à savoir, en Egypte, pour le terrain désertique et les rapports au monde musulman ou, en Espagne, face à des combattants irréguliers.

mardi 4 mars 2014

Guerre irrégulière : relire Erckmann-Chatrian



Chacun connaît l'action des forces irrégulières que rencontra Napoléon lors de ses campagnes, en Espagne bien sûr, mais aussi au Tyrol ou en Russie avec les célèbres cosaques qui harcelaient la Grande Armée en déroute. En revanche, on cite assez peu souvent les corps francs français qui se constituèrent en 1813-1814 pour faire face à la poussée des armées coalisées (Prussiens, Russes, Suédois, Saxons,...) en France et ce, de la Picardie à la Bourgogne.
En 1862, deux auteurs passionnés d'histoire et chroniqueurs de l'épopée napoléonienne, écrivent, sous le nom d'Erckmann-Chatrian, un livre, à la fois historique et romanesque, pour rendre hommage à ces combattants qui tentèrent d'arrêter les envahisseurs étrangers dans les Vosges : "L'invasion ou le fou Yégof".

jeudi 31 janvier 2013

Petites guerres et contre-insurrection : perspectives historiques (1).


Alors que les adversaires potentiels des théâtres d’opérations contemporains semblent se limiter, pour le moment, à des combattants asymétriques (comme le veut l’expression consacrée), il m’est apparu intéressant de revenir sur ce que l’on a longtemps appelé les « Petites guerres ».
Ces dernières seront d’ailleurs également définies, au cours des âges, comme des actions de pacification, du maintien de l’ordre, de la contre-guérilla, de la contre rébellion et finalement, de la contre-insurrection. Néanmoins, ce riche vocabulaire, ramené à une longue perspective historique et militaire, recèle, certes des évolutions doctrinales, mais surtout une grande continuité dans les modes d’action et les procédés de lutte face à un adversaire dit irrégulier.
Le combat de l’insurgé revêt souvent de nombreuses formes qu’il s’agira de développer et d’illustrer car il représente l’arme du faible face au fort voire le défi des armées conventionnelles dominantes du moment. Ainsi, il apparaît régulièrement dans les annales militaires, d’Aristote à l’Afghanistan en passant par les Jacqueries du Moyen Age, les Camisards ou encore les combats de la Grande Armée en Espagne comme les révolutions coloniales ou communistes du XXème siècle.
Ces conflits seront tantôt à l’avantage des forces modernes, tantôt à celui du « guérilléro » et ce, en fonction des zones géographiques, des armes utilisées, des contextes politico-militaires et des tactiques mises en œuvre.
Nous essaierons donc, dans les articles à venir, de déterminer les caractéristiques de ces conflits avant d’étudier les différentes écoles et courants de pensée de cette forme de guerre puis de conclure sur les principes et fondements de la contre-insurrection portés par l’histoire.

samedi 21 janvier 2012

Iran ou la stratégie de la Mosaïque.


Actuellement, la presse se fait l’écho des gesticulations diplomatiques et des déclarations belliqueuses autour de l’Iran, de son programme nucléaire et de son influence dans le golfe Persique. Certains analystes envisagent même, au-delà des simples sanctions économiques, des frappes américaines ou israéliennes. Dans ce cadre, je souhaitais revenir sur la stratégie iranienne militaire mise en place pour se préparer à un éventuel engagement étranger sur son sol. Les Iraniens l’ont baptisée la stratégie de la Mosaïque, métaphore d’une décentralisation de la défense et de l’ubiquité dans la menace portée aux assaillants. Voici donc, en quelques lignes les grands principes de cette option stratégique.

samedi 24 décembre 2011

A l’ère de la technique et des conflits asymétriques, reste-t-il de la place pour la manœuvre ? (2/2)


Voici la seconde partie de cet article consacré à la manoeuvre dans un contexte de contre-insurrection. Bonne lecture.

La manœuvre utilisant la technologie pour gagner les conflits d’aujourd’hui.

La manœuvre « a souvent été l’apanage des grands chefs »[1] car elle exige une bonne maîtrise des principes de liberté d’action et de concentration des forces. A ce titre, le renseignement est incontournable afin de déterminer les faiblesses de l’adversaire puis pour définir les points décisifs à atteindre. C’est dans ce cadre que la technologie peut aujourd’hui, dans les conflits de type asymétriques être un instrument privilégié de la manœuvre. Grâce aux systèmes de surveillance du champ de bataille (guerre électronique, drones, recherche humaine,…) le stratège peut ainsi surprendre l’ennemi qui se regroupe ou cherche à mettre en place sa logistique. En effet, le combattant irrégulier ne peut s’affranchir des lignes de communication pour préparer ses opérations, il a besoin d’approvisionnements (armes, explosifs), coordonne son action entre groupes isolés avec des moyens de transmissions et cherche à trouver des zones refuge pour se réorganiser. Dès lors, la manœuvre doit permettre de déstabiliser les insurgés dans ces phases qui sont, pour lui, des moments de vulnérabilité. Pour cela, les armées modernes doivent disposer de capacités et d’unités réactives comme des hélicoptères, des drones armés, des forces spéciales capables de prendre l’initiative à chaque phase du processus stratégique, de la conception à la victoire en passant par la rupture stratégique et à l’exploitation. La manœuvre doit imposer à l’adversaire le lieu de l’affrontement afin d’éviter que les guérillas ne réussissent à s’insérer au sein des populations, créant ainsi le risque, pour les armées conventionnelles, de perdre toute liberté d’action ou de commettre des dommages collatéraux. Malheureusement, pour permettre de redonner à la manœuvre tout son sens, les militaires occidentaux doivent dépasser des freins doctrinaux ou sociologiques.